Il y a un an: goodbye Britain


Il y a un an, on quittait brexitland. Je reposte aujourd’hui le billet écrit à l’époque. Il a vécu sa vie sans moi, je n’avais pas de connexion internet ni le temps de regarder sur mon téléphone. On était en plein déménagement entre la France et l’Angleterre, on allait débarquer dans une maison charmante, mais à rénover entièrement (pour ne pas dire une ruine…). Ce billet est le plus vu depuis la création du blog. Des mois après, j’ai continué à le retrouver partager n’importe où, parfois tronqué, parfois avec des ajouts pas toujours sympathiques, parfois traduit. Il suscite encore aujourd’hui des commentaires hargneux que je ne laisse toujours pas passer. De sombres partisans du frexit ont mis la main dessus je ne sais où et ils le considèrent apparemment comme une attaque personnelle.

Un an plus tard, la situation en Brexitland a un peu évolué, il y a eu un réveil d’une partie de la population qui réclame un deuxième référendum. Mais la majorité reste silencieuse. Le sort des européens n’est toujours pas réglé, et la pagaille politique actuelle ne fait rien pour les rassurer. Le settle status va permettre de les ficher, juste eux, de leur attribuer un numéro, juste pour eux (ni pour les britanniques ni pour les autres immigrés), de raboter leurs droits et de les renvoyer si leur demande est refusée. A deux mois et demi de la date butoir du 29 mars, on ne sait toujours pas ce qui va se passer en Brexitland. Un an plus tard, si c’était à refaire, nous prendrions la même décision, même si ce n’est pas facile tous les jours, même si notre nouvelle vie est un vrai bouleversement, même si la situation en France nous inquiète parfois, même si on ne se sent pas exactement chez nous (ou pas encore, peut-être). Même si l’Angleterre nous manque terriblement. Cette Angleterre qu’on regrette n’existe plus, elle a disparu avec le brexit. Et Brexitland ne nous manque absolument pas, au contraire.

Il y a un an…

Les déménageurs ont refermé le camion. On a claqué une dernière fois la porte de cette maison qui devait être notre for ever home, notre foyer pour la vie. On l’avait choisie après de longues recherches, on l’a agrandie, redécorée entièrement. On l’adorait, c’était la première fois de notre vie de nomades qu’on se sentait chez nous, posés, sans l’envie d’aller voir ailleurs. En fait, on se sentait chez nous en Angleterre toute entière, plus que n’importe où. Et puis le brexit est arrivé.

Il y a un an: goodbye Britain

Source

Je l’ai déjà dit, le brexit n’a pas été un vote contre l’Europe, mais contre les européens, ça a ouvert les vannes à une xénophobie de tous les instants qu’on a pris comme une gifle. Les amis de 10 ans qui nous tournent le dos, les discours haineux des populistes du gouvernement, les vexations administratives, les insultes d’inconnus dans la rue, et l’usure systématique de nos droits, notre déshumanisation par une première ministre qui nous traite de bargaining chip, de monnaie d’échange et non plus d’êtres humains. Ça fait très mal. L’avenir de nos enfants qui s’assombrit, parce que leurs parents ont eu l’audace de naître ailleurs, les portes qui se ferment, le racisme qui flambe, l’ostracisme, la politique d’apartheid insidieuse du gouvernement, le pays qui s’enfonce, les nerfs qui craquent, l’angoisse qui s’installe jusqu’aux crises de panique à l’idée de simplement passer la porte de chez soi. Et rien. Pas une main qui se tend, pas une seule personne qui se lève pour dire que ça ne peut pas durer comme ça. Enfin si, nous, les européens qui nous battons encore pour défendre nos droit certes, mais aussi une certaine idée de l’Angleterre. Une idée qui jour après jour, discrimination après discrimination disparaît, dans l’indifférence totale de la population.

Mon Angleterre était belle, drôle, accueillante, ouverte, cosmopolite, tolérante, réfléchie, pragmatique, juste, généreuse, polie, irrévérencieuse, excentrique…je lui faisais totalement confiance. Pas un seul instant je n’aurais imaginé qu’elle sombrerait aussi bas et aussi vite. Mon pays merveilleux s’est transformé en bouge infâme où celui qui crie le plus fort l’emporte, un pays où règnent les bullies, les harceleurs xenophobes. Le bon sens a disparu au profit des pires idéologies, la haine a remplacé l’accueil, la lâcheté a pris la place de l’ironie. Mon Angleterre rêvée n’a peut être finalement jamais existé. Pas plus que ces amitiés qui se sont évaporées du jour au lendemain. Pas plus que cet esprit anglais que je trouvais si libre et qui n’était qu’une illusion. Le décor est tombé et ce n’est pas beau à voir. Le racisme, l’obscurantisme, le colonialisme moisi, la lâcheté, un mépris total pour l’autre, l’inculture, un sentiment de supériorité sur la terre entière, la bêtise crasse…et pourtant, ça fait encore mal. Pas facile de faire le deuil de mes illusions anglaises perdues. Alors on part, pour nos enfants, leur avenir, pour fuir brexitland, parce qu’il n’y a plus rien pour nous dans ce pays qui nous pousse dehors.

Les déménageurs de Simpson International seront demain devant notre nouvelle maison en France. Avant de partir de notre ancien foyer anglais, ils n’ont pas pu retenir une dernière réflexion désagréable, une blague plus que limite sur les français. Ils en ont fait beaucoup hier en pensant qu’on ne les entendait pas, ou peut être qu’on ne les comprenait pas, même si on leur parle en anglais…vu le niveau d’intelligence de ces gens, c’est possible. Je deviens aussi méchante qu’eux, il est temps de partir. Merci chers connards avec vos réflexions de m’aider à ne pas pleurer. Merci de me rappeler pourquoi on s’en va. Sans hésiter.

Goodbye Brexitland.


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