Two years ago…

Il y a deux ans, on se préparait à quitter Brexitland et j'en parlais ici. Rien n'a changé depuis, je pense toujours que c'était la bonne décision pour notre famille, même si notre vie a été bouleversée. Mais elle l'était déjà depuis le référendum. Je ne me sens toujours pas à ma place en France, ça viendra bien un jour. Il m'arrive encore d elle demander ce que je fais là. L'Angleterre pré brexit me manque toujours autant, mais je sais qu'elle n'existe plus. Par contre, les enfants se sont parfaitement adaptés. Ils sont bien ici, même si le brexit a laissé des traces, notamment pour les plus grands (Wizzboy n'a que de vagues souvenirs de l'Angleterre). Il y a deux ans, j'expliquais notre décision avec un peu de bravache pour me donner le courage de partir. Je reviens dessus aujourd'hui en essayant de faire un bilan, avec le recul.

Two years ago…
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Quand je relis les raisons qui nous en conduit à partir, je me dis qu'elles n'ont pas changé. J'expliquais pourtant à l'époque que plusieurs lecteurs, en Angleterre comme nous, m'ont dit que leur vie n'avait pas fondamentalement changé, qu'on n'était peut-être simplement pas au bon endroit dans l'Essex. C'est vrai, en apparence notre vie n'avait pas tant changé et effectivement, il y a des endroits beaucoup plus accueillants que l'Essex qui est un des bastions du brexit. Mais on n'est pas parti pas à cause de notre voisin qui préférait les anglais blancs ou des abruties à l'école qui en ont marre des étrangers. Le brexit aura (a déjà) des conséquences nationales, sociétales et culturelles, peu importe qu'on vive dans une ville majoritairement sympathique et tolérante ou au fin fond de l'Essex. Sans parler de l'économie. Je ne vais pas vous embêter avec des choses désopilantes comme les taux directeurs ou l'endettement des ménages, mais si ça continue comme ça, et ça risque d'énerver légèrement les brexiters, leur great again Britain sera dirigé par un étranger, le président du FMI. Contrairement à ce qu'affirme la presse locale dont les connaissances en macro économie sont aussi développées que l'intégrité journalistique de la BBC, ça va très mal.

La situation se détériore à une rapidité extraordinaire même si les effets ne se font pas encore sentir ( enfin pas trop...) au niveau micro économique. Je ne parle même pas de la situation administrative et des discriminations anti européens que le gouvernement met en place peu à peu, et qui frapperont tout le monde, dans tout le pays. Pour chaque Européen qui peut prétendre à la naturalisation, il y en a au minimum un autre qui ne rentre pas dans les cases de plus en plus restrictives du ministère de l'intérieur. Il se trouve que malheureusement ou heureusement, je ne sais pas, Marichéri et moi avons accès facilement à tout un tas d'infos notamment économiques et qu'on les comprend (sérieusement les taux directeurs, c'est captivant) assez pour ne pas avoir envie d'assister au naufrage. On ne veut pas vendre notre jolie maison, faire changer nos enfants d'école, d'environnement, bâtir une nouvelle vie ailleurs en Grande Bretagne pour se rendre compte dans un an ou deux que ça ne va pas le faire et qu'il faut recommencer. Marichéri (probablement par déformation professionnelle) a fait des analyses, des statistiques, des listes objectives, ça a été très scientifique: pour notre famille (j'insiste, ce qui est bien pour nous ne l'est pas forcément pour d'autres. Chacun sa vision des choses), le mieux c'est de partir.

Quand j'ai expliqué qu'on avait choisi le nord de la France, j'ai encore eu des messages, certains adorables et d'autres non. Mais tous m'ont mis en garde contre un " retour " en France. Pas de soucis, on ne rentre pas en France. On a choisi une destination selon une liste de critères objectifs très précis (notamment la distance par rapport à Londres et les facilités de transport, mais pas uniquement), sans tenir compte de ce qu'il y avait marqué sur nos passeports. Si on voulait rentrer quelque part, on irait en Irlande. On ne connaît plus la France, on n'a aucune attente, aucun a priori. Je sais que c'est difficile à imaginer puisqu'après tout, on est français, mais on considère vraiment que c'est une nouvelle expatriation, pas un retour. Bien sûr que c'est difficile, qu'il y a des tonnes de démarches administratives, qu'il faut s'adapter, que certaines choses nous surprennent, nous déplaisent...c'est comme ça quand on débarque dans n'importe quel pays! On l'a déjà fait, on n'a jamais été aussi bien préparé (ça fait des mois qu'on se renseigne) et ça ne nous inquiète pas plus que ça. Au contraire. Plus on se rend compte qu'on ne connaît pas la France d'aujourd'hui, moins notre départ nous apparaît comme un échec. Voilà, on ne s'y attendait pas, mais on a fait le tour de ce que l'Angleterre pouvait nous offrir, on va voir ailleurs. Comme on est parti d'Irlande volontairement. C'est juste une nouvelle étape.

Deux ans plus tard, j'ai pourtant toujours l'impression d'être en suspend. L'Ado vit encore pour quelques mois à Londres, Marichéri commute toujours. Je passe encore mes journées à faire du bénévolat pour une association de défense des européens en UK. On n'a pas mis de point final à notre aventure anglaise et ça m'empêche de vraiment commencer pleinement notre vie française. Je me sens toujours entre deux...je n'ai pas la sensation d'avoir vraiment entamé ce nouveau chapitre. C'est bien ce que je disais il y a deux ans, avant qu'on se décide pour la France: on aurait dû racheter sealand , la plateforme démilitarisée au milieu des eaux internationales en mer du nord. D'accord le climat y est aussi riant que la végétation inexistante, mais au moins, on doit y être tranquille!


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