Brexit farce

Je n'arriverai jamais à faire un billet sur la rentrée...à chaque fois, les soubresaut de la vie en Brexitland viennent me faire changer de plan! Je ne voulais pas en parler cette fois, attendre que ça se tasse et qu'on y voit plus clair, mais en parcourant les médias français ce matin (et les médias britanniques ne valent pas beaucoup mieux), je me suis dit qu'il fallait que je participe à la confusion générale.

Brexit farce

Il faut déjà savoir que les conservateurs, le parti de Boris Johnson n'ont pas de majorité de gouvernement à Westminster. Ils ont le plus de députés, mais pas assez pour gouverner seuls. Ils ont donc passé un accord avec les unionistes Nord irlandais, qui ne sont pas au gouvernement mais votent avec lui systématiquement. Même après cet accord, ça se jouait à une poignée de voix à chaque fois, il fallait absolument que les conservateurs suivent tous les consignes de vote du gouvernement sans broncher. Le reste de la chambre est divisée entre le premier parti d'opposition, en pleine crise aussi depuis 3 ans: on a les labour pro remain, les labour pro brexit, les anti Corbyn, les pro Corbyn...ils ne sont pas fichus de se mettre d'accord entre eux. Restent les centristes LibDem et les écossais résolument pro europe et surtout les indépendants, dont une poignée de transfuges tories, qui ont fait se réduire la majorité de gouvernement de Johnson à ...une voix.

Hier, le parlement a profité des quelques jours de débats qu'il a encore avant que le gouvernement ne le prorogue, c'est à dire le suspende, pour résister à ce coup de force comme à un no deal brexit. La majorité de gouvernement s'est envolée, après qu'un député conservateur traverse théâtralement la salle pour aller rejoindre les rangs des LibDem...donc Johnson ne peut plus rester? Ce n'est pas si simple. Il n'a plus de majorité, mais personne n'en a non plus. Les conservateurs restent toujours le parti le plus important, en nombre de députés, à Westminster. Personne n'est en mesure pour l'instant de former un autre gouvernement. Il faudrait que les oppositions arrivent à se mettre d'accord pour former une coalition, ce que les LibDem refusent tant que Corbyn sera à la tête du labour. On a donc à l'heure actuelle (ça peut changer très vite) une paralysie totale de ce côté là.

Parallèlement les pro européens crient victoire. Ils ont réussi hier à passer une mention qui garantit...qu'ils ont le droit de choisir l'agenda des débats aujourd'hui. C'est tout. Évidemment, ça signifie qu'ils vont pouvoir discuter du no deal, alors que le gouvernement voulait les en empêcher. Il y a de grandes chances que d'ici ce soir, Westminster passe une loi obligeant le gouvernement à demander une prolongation à Bruxelles en cas de non ratification d'un accord d'ici le 31 octobre. Là encore, c'est tout. Je ne veux pas casser l'ambiance, mais quand je vois les cris de joie des remainers , je trouve ça légèrement prématuré et c'est un euphémisme. Certains analystes l'ont d'ailleurs fait remarquer, ça change quoi? Ce n'est pas parce qu'on oblige le premier ministre à demander une extension à Bruxelles qu'elle sera accordée. Ça ne dépend pas de Londres. L'extension actuelle s'est faite dans un cadre précis, pour la prolonger, il faut des conditions (l'organisation d'un autre référendum, une élection prévue pour après le 31...) qui ne sont pas du tout remplies pour l'instant, et que Westminster n'a pas les moyens de remplir. J'aimerais beaucoup me réjouir, mais rien n'a changé, le no deal est toujours l'issue par défaut.

Johnson ne se laisse pas faire. Il a commencé par renvoyer de son parti les 21 députés qui ont voté contre lui hier soir. C'est inédit et extrêmement choquant (son propre ministre des relations avec le parlement a voté des dizaines de fois contre le gouvernement conservateur précédent, il n'a jamais été radié). Il va maintenant demander une élection générale. Et là...ça ne se fera que si le labour décide de voter pour. Corbyn a l'air de le vouloir, malgré les avertissements de Tony Blair qui dans une longue tribune, l'a prévenu que c'était un piège tendu par Johnson. Le système britannique a un tour du " First past the post " peut faire des dégâts. Si Johnson veut une élection rapide (avant le 31, précision importante pour les conditions d'une demande d'extension), c'est bien parce que les partis européens commencent à peine à discuter entre eux, ils ne sont pas organisés. Alors que les partis anti européens, les conservateurs restants, les unionistes et l'immonde brexit party de Nigel Farage sont déjà en ordre de bataille et prêts à une coalition. Il suffit qu'un candidat pro brexit remporte 15% des voix dans une circonscription pendant que les pro européens éclatés font 14,9% chacun pour qu'on se retrouve avec un député brexiter alors même que sa circonscription est pro europe à 85%! (Les chiffres ne tombent pas juste, c'est un exemple pour illustrer l'absurdité du système). Ils ont aussi déjà commencé à faire campagne, et ce dès l'arrivée de Johnson au pouvoir, en reprenant les mêmes recettes, les mêmes moyens (et les mêmes financiers louches) que pour le referendum. Beaucoup d'analystes (dont Tony Blair donc, qui sait quand même de quoi il parle) pensent que c'était la stratégie de Johnson (qui s'est débarrassé des " tièdes " dans son camps grâce au vote d'hier) depuis le début: provoquer des élections anticipées rapides pour avoir enfin une majorité de gouvernement confortable. Si c'est exact et que le pari de Johnson réussit, la " victoire " des remainers risque d'être très amère. Elle aura déclenchée le triomphe de ce qu'elle entendait combattre. Rien n'empêchera un no deal et rien n'arrêtera Johnson et sa clique fascisante. Pour ceux qui me jugeraient pessimiste, les conservateurs sont largement en tête des sondages ce matin, avec 34% des intentions de vote, contre 24% au second, le Labour. L'écart n'a fait que se creuser depuis l'arrivée de Johnson au pouvoir.

Alors on attend de voir. L'opposition, enfin je devrais dire les oppositions, vont-elles écouter les conseils de Tony Blair et éviter d'offrir sur un plateau une élection qu'il a déjà très bien préparée, à Johnson? Où vont-elles jouer le statu quo, qui ne garantit en rien qu'il n'y aura pas de no deal non plus? Est ce que les oppositions vont tenter de former une coalition, qui n'aura pas plus de majorité que Johnson actuellement? Bref, on n'y voit pas plus clair. Welcome to Brexitland.


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