Le spectacle du collège

Je pensais naïvement avant d'arriver en France que niveau spectacles scolaires, j'avais tout vu. Avec 5 gamins passés plus ou moins longtemps (ça a été bref pour Wizzboy, L'Ado y est toujours) par le système anglais, où on se tape des spectacles tous les 4 matins, je suis une pro. J'ai eu droit à une trentaine de Xmas plays (parce qu'il m'est arrivé d'en avoir 3 la même année, la joie d'avoir 5 enfants d'âges très différents), autant de Xmas concerts, une bonne dizaine de Easter plays, une vingtaine de spectacles de chorale, plus une dizaine de ceux de la chorale en langue des signes, sans compter aussi les harvest festivals tous les ans, les spectacles de la kermesse et les spectacles de classe, pour chacun des gamins donc et une fois par trimestre. Sérieusement, j'ai passé plus de temps à l'école pour assister à des représentations de mes enfants qu'à enseigner (alors que j'étais prof de français). Tout ça pour dire que je me croyais entraînée, je n'appréhendais pas particulièrement le spectacle du collège avec MangaGirl hier soir. J'aurais dû.

Le spectacle du collège

Déjà, l'horaire m'a un peu contrariée au départ, un mardi soir de 20 à 23 heures. Non seulement MangaGirl a cours le mercredi matin, mais trois heures de teen-agers jouant sur scène? Seriously? Non mais il y a d'autres trucs, tu verras. Effectivement, j'ai vu. Par contre, le cadre était très bien, c'était au théâtre municipal de la ville. Il est charmant, mais un peu loin de notre bled paumé, j'ai donc pris la peine de commander un taxi pour 23 heures avant de partir et de confier un Wizzboy surexcité à GeekAdo, un peu stressé. Hop, c'est parti pour le spectacle du collège. MangaGirl jouait le rôle de composition de la cousine anglaise, avec de vrais mots d'anglais dedans, qu'elle a d'ailleurs dû écrire elle-même, la prof ne savait pas. C'est là que je me dis que ma fille est très bien élevée, d'autres à sa place en auraient sûrement profiter pour caser deux ou trois injures en anglais, ni vu ni connu. Je sais qu'au bout de deux heures de spectacle, ça me démangeait...enfin bref, j'ai eu peur dès l'entrée, quand on m'a donné un programme à faire passer guerre et paix pour une liste de course sur un post it. C'est quoi tout ça? Il y en a pour trois heures ou trois jours?

La première impression s'est confirmée dès le lever de rideau (à l'heure, je précise parce que c'est à peu près le seul point positif). Non seulement les élèves participaient au spectacle, mais les profs aussi. J'étais restée sur " jesus reviens " pour les écoles cathos, ça a évolué. Ça n'aurait pas dû. Fumigènes, jeux de lumières, guitare électrique qui hurle horrifiée d'être martyrisée par un prof de maths qui revit sa jeunesse ratée, allez, on se lève tous et on chante...euh, c'est pas possible, je suis tombée dans une secte évangéliste ou quoi? De toute façon, je ne connais pas cette chanson, ce qui n'a pas l'air d'être le cas pour le reste de la salle qui reconnaît aux premières paroles. Allons, soyons clair, je n'ai rien contre Johnny Hallyday. En plus, j'admets qu'en tant que belge, c'est pratiquement un local ici. Mais quand j'ai quitté la France, il était plus ringard et sujet à plaisanterie (dans les guignols) que chanteur culte. J'en suis restée à ça et je le vis très bien. Sérieusement, j'ai failli bondir sur scène, déjà pour libérer cette malheureuse guitare dont le supplice en public faisait pitié, et pour aller récupérer ma fille en coulisse et fuir au plus vite. Au secours.

La suite a été sur le même mode. Honnêtement, je n'arrive toujours pas à comprendre ce que j'ai vu exactement. Il n'y avait aucune trame, aucun scénario, aucune logique. Par contre il y avait beaucoup d'incidents techniques. Plus que de numéros en fait. La salle, qui se crispait de plus en plus, est partie dans de grands rires un peu nerveux, quand les micros se sont coupés sur scène mais allumés en coulisse et qu'on a entendu les profs s'engueuler derrière le rideau. On aurait dit une kermesse sous acide. Il y a eu des numéros de danses, enfin des ados se dandinant sur scènes avec des airs inspirés de poules constipées, des acrobates faisant de grandes envolées mais au ras du sol, des chants, avec soliste mi castafiore mi chèvre bêlante, une prof de musique menant sa chorale comme Woopie Golberg (j'ai bien aimé, au moins, c'était fun), des reprises du gendarme de Saint-Tropez (après Johnny, ça a fini de m'achever. Ok , je suis snob culturellement, j'assume, surtout que je n'étais clairement pas la seule dans la salle). Enfin bref, un bordel infâme de tout et n'importe quoi, mal préparé, mal répété et mal conçu. Au milieu de tout ça, MangaGirl et deux camarades assuraient les transitions. Visiblement tous les numéros illustraient leur imagination...ah. Je doute que des gamins de 14/15 ans s'imaginent en Louis de Funès, mais bon. MangaGirl était la caution internationale, qui a permis aux profs de massacrer du David Bowie, aux gamines " danseuses " de sautiller sur les Beatles, aux apprentis chanteuses de roucouler bizarrement et en yaourt à défaut d'être en mesure, sur du Amy Winehouse et à un troupeau de pauvres gosses de faire des mimes déguisés en Charlie chaplin. La prestation de ma fille a été remarquée, déjà parce qu'elle a pris des cours de théâtre en Angleterre, et qu'elle a donc appris à projeter sa voix, ce que les profs organisateurs ont oublié d'enseigner à ses petits camarades, qu'on n'entendait absolument pas, et parce qu'elle a suscité de grandes interrogations de la part des gens à côté de moi: vous croyez qu'elle est vraiment anglaise ou qu'elle fait semblant d'avoir un accent? Non mais elle doit être anglaise, on comprend rien à ce qu'elle dit en anglais. C'est un signe qui ne trompe pas.

Bref, j'en étais à hésiter à foutre le feu à la salle ou feindre un malaise après avoir bouffé le programme quand la lumière s'est rallumée, au grand soulagement de tous les pauvres parents prisonniers comme moi. Ouf, c'est fini. C'est même fini un peu en avance, il n'est pas tout à fait 23 heures. J'ai échangé un grand sourire avec la dame à côté de moi alors qu'on ne s'était pas regardé de la soirée. On était ravie. On a vite désenchanté. C'était juste l'entracte, à la moitié du spectacle qui finalement finira à minuit trente. Au mieux. Ahaha. J'ai été prise d'une soudaine envie de pleurer. J'ai un taxi réservé pour 23h, je fais quoi? Sans compter que je suis au bord de m'immoler par le feu rien qu'à l'idée de subir encore trois heures de spectacle. La dame à côté, qui devenait rapidement ma meilleure amie, m'a prise en pitié:

-nous, on s'en va, ça suffit comme ça.

- je peux pas, ma fille est dans le spectacle...

-la notre aussi, on va la récupérer derrière, en coulisse. Ils nous ont fait le même coup l'année dernière. Venez, je vais vous montrer.

Effectivement, il y avait un troupeau de parents à la limite de l'émeute qui ont pris d'assaut l'entrée des artistes pour attraper leurs gosses et partir au plus vite. J'ai récupéré une MangaGirl crevée et effondrée par le manque de professionnalisme du spectacle (elle a des ambitions), ravie de rentrer se coucher. Il y avait embrouillage sur le parking pour sortir. Au moins, je me dis que je ne suis pas si bizarre que ça, plus de la moitié des parents ont eu la même idée que moi et ont fui. Renseignement pris, à la fin du spectacle, non pas à minuit trente mais à une heure du mat, il restait 25 personnes. Je crois que l'année prochaine, je vais encourager MangaGirl à faire uniquement dessin. Ça devrait passer.


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