Le settle status expliqué aux journalistes français


Hier a été une journée très difficile pour mes amis européens en UK. Une de plus Depuis juin 2016, ils sont partagés entre colère et angoisse, ils ne dorment plus, ne vivent plus comme avant. Depuis hier, ils peuvent déposer une application ( qui sera bientôt obligatoire) pour demander la permission de continuer à vivre dans leur propre foyer. Le rétropédalage de May devant le parlement hier soir, n’a rien fait pour les rassurer. Elle a cédé devant le groupe de pression the3million (dont je fais partie, comme 36000 européens en UK, je dis ça par honnêteté intellectuelle et pour ceux qui vont encore m’accuser d’en rajouter) et annoncé que l’application sera maintenant gratuite. Mais elle n’a strictement rien changé aux modalités ni répondu aux angoisses des européens. J’ai eu l’agréable surprise de voir que les médias français en parlaient, pour une fois. J’ai vite désenchanté.

Le settle status expliqué aux journalistes français

Le très sérieux Monde annonce benoîtement que l’enregistrement des européens en uk a commencé. J’insiste: ce n’est pas un enregistrement, c’est une application qui peut être refusée et on ne sait toujours pas ce qu’il adviendra de ceux qui seront rejetés. En sachant que près de 20% des demandes ont « posé problème » pour employer des euphémismes comme le Home Office, lors de la première phase de tests, ça ne rassure pas. J’ai vu aussi passé un article sur le HuffPost qui m’a fait bondir. Il parlait « des européens qui souhaitent rester »…sérieusement? Quand on parle de continuer à vivre chez soi, garder son job, ne pas être séparé de son conjoint, de ses enfants? Ça lui dirait au journaliste, qu’on débarque chez lui un beau matin en lui disant qu’il n’a plus de droit d’y vivre et qu’il doit dire au revoir à ses gosses, il pourra toujours leur parler sur skype? Je n’exagère pas, c’est l’argument du home office britannique pour arracher des parents étrangers, y compris des mamans allaitantes à leurs enfants. Cher journalistes français, allez faire un tour sur Google, tapez juste Skype families, vous verrez…comment osez-vous dire « ceux qui souhaitent rester »? Vous croyez que c’est facile après 10, 20, 50 ans de déménager toute sa vie vers un ailleurs qu’on ne connaît plus, d’y retrouver un boulot, un logement, d’y refaire sa vie? Je peux vous raconter si vous voulez, et encore je fais partie des privilégiés qui ont eu les moyens de quitter brexitland.

Mais l’article en question ne s’arrête pas là, pourquoi ne pas gober la propagande du gouvernement britannique sans rien vérifier, c’est pas comme si on était journaliste? Il prétend que le settle status s’adressent aux européens qui veulent continuer à travailler et toucher des allocations. Ah ben ça alors, c’est gentil de nous traiter de sales profiteurs qui volent les allocs et le boulot des honnêtes brexiters en même temps! Le settle status concernent tous les européens, les retraités, les parents au foyer, les malades longue durée, les travailleurs indépendants, les enfants, tous, pas que les salariés qui souhaitent garder leur job comme le dit l’article. Il ne donne pas le droit de toucher des allocs, en tout cas pas plus que celles pour lesquelles on cotise déjà, il donne le droit de se loger (sans lui, pas possible de louer), de se faire soigner, de changer de boulot, de revenir après des vacances à l’étranger…non parce que je ne sais pas ce que les journalistes français considèrent comme une « allocation », mais ne pas être refoulé à la frontière quand on rentre chez soi en UK, c’est quoi pour eux?

Je répète, le settle status n’est pas un enregistrement tout bête des européens en UK. C’est un fichage unique (les autres immigrés et évidemment les britanniques ne sont pas concernés) d’une catégorie de la population en fonction de ses origines. C’est un état qui demande à un groupe défini selon son éthnicité de lui remettre ses données personnelles en échange d’un droit, révocable à tout moment, de continuer à vivre chez eux mais avec moins de droits. C’est l’attribution d’un numéro identifiant spécifique à chaque membre de cette communauté pour les différencier du reste de la population. Seuls les européens auront ce numéro spécial, pas un numéro de sécu, pas un code pour les impôts (qu’ils ont déjà), pas un numéro de carte de séjour ou de permis de résident. Non, un numéro juste pour eux qui les désignent comme européens et que bailleurs, médecins, employeurs, demanderont pour savoir si ils sont indésirables ou ont encore des droits. Et pour obtenir ce numéro, on doit aussi abandonner toute idée de protection de ses données personnelles puisque non seulement on n’aura plus accès à son propre dossier, même si on veut faire appel, mais l’état britannique s’arroge le droit de le vendre à n’importe quel tiers….alors, les journalistes, ça a toujours l’air d’un simple enregistrement?

Je sais bien que tout le monde s’en fout ici, des européens en UK. Mais ils vivent des moments très difficiles, ils n’ont pas besoin que les médias de leur pays d’origine réduisent leur cauchemar à une simple formalité administrative. Il y a quelques jours, l’un de ces européens a posté une photo de son grand père avec la légende: « la dernière fois qu’un membre de ma famille a été fiché par un gouvernement ». Enfin, pas une photo de son grand père, juste de son bras, en uniforme rayé. Avec le numéro tatoué. On n’en est pas là ok, mais s’il vous plaît, même si vous ne pouvez ou voulez pas soutenir les européens en UK, faites au moins votre boulot, renseignez-vous et évitez de tomber dans le panneau de la propagande grossière du gouvernement qui les traitent aussi mal!


wallpaper-1019588
La grotte du pirate Cheung Po Tsai
wallpaper-1019588
À partir de quand préparer son road trip dans l’ouest des États-Unis?
wallpaper-1019588
Câmara de Lobos à Madère un village au mileu de la bananerai
wallpaper-1019588
71 ans de Lizzie et Philou!
wallpaper-1019588
Premier voyage en camping-car : 5 conseils à suivre
wallpaper-1019588
Sur les traces du Débarquement en Normandie (acte 2)
wallpaper-1019588
San Francisco, version 2019.7
wallpaper-1019588
Projet 52: lointain