Thursday Thunder: free speech


Quand on a quitté brexitland, j’ai écrit un billet sur notre départ. C’était plus une sorte de thérapie personnelle qu’autre chose, j’avais besoin de mettre des mots et un point final sur un moment (18 mois depuis le référendum) qu’on n’a pas exactement vécu comme une joie. Comme on n’avait pas internet mais par contre, beaucoup d’autres choses à faire en plein déménagement, je n’ai pas trop suivi les aventures de ce billet. Il est parti vivre sa vie tout seul sur les RS, sans que je sois forcément au courant. Il m’a totalement échappé. Visiblement, il traîne toujours je ne sais où, le petit coquin, parce que je reçois encore des messages à son sujet. Le dernier date d’un français de France (je veux dire : pas d’un expat) dont le doux pseudo laisse très peu de doute sur ses revendications politiques. Ce brave homme me fait des tas de reproches, dont celui de ne pas respecter la liberté d’expression des brexiters. Puisque je suis assez sotte et perverse pour ne pas être d’accord avec eux, je dois me taire, toujours au nom de la liberté d’expression. La logique de la chose me laisse bouche bée.

Thursday Thunder: free speech

Déjà, cher monsieur, la liberté d’expression de xenophobes qui en usent pour insulter mes enfants sous prétexte que leurs parents sont nés ailleurs, effectivement ça me défrise (et vu ma tignasse, il en fait beaucoup). Ensuite, sans vouloir faire ma maligne, et quelques soit vos convictions, je pense être plus qualifiée que vous pour décrire ma vie en brexitland. Je trouve ça remarquable que, parce que vous croyez être politiquement d’accord avec des gens que vous ne connaissez pas, vous vous arrogiez le droit de me dire que je ne peux parler de ce que j’ai vécu. D’ailleurs, si vous croyez que les charmants bisounours dont vous vous faites l’avocat avec autant d’incompétence vous accueilleraient à bras ouverts, ce serait plutôt vous qui n’avez rien compris. Ils se moquent éperdument de vos engagements dans votre pays, pour eux, vous ne seriez qu’un sale migrant européen à foutre dehors. Un étranger. Quand à dire que le brexit est un acte de courage, la prise de liberté du peuple et j’en passe, c’est tellement risible que je préfère ne pas répondre. De toute façon, aveuglé par votre idéologie nauséabonde, vous refuseriez de comprendre. C’est une des choses qui me choque le plus d’ailleurs, le brexit a été érigé en credo mystique. La réalité et l’esprit critique n’existent plus pour ses adeptes. Je ne pensais pas qu’un tel endoctrinement pourrait fonctionner en Angleterre.

Mais je perdrais mon temps à vous monter les chiffres, à vous parler de la réalité du terrain qui n’a rien à voir avec les beaux discours bien calibrés pondus méthodiquement par des officines propagandistes pour impressionner de pauvres gens comme vous qui en redemandent. Je présume que Cambridge Analytica, ça ne vous dit rien? Pour revenir à la liberté d’expression, si vous aviez pris la peine de lire tout ce que j’écris sur le brexit depuis deux ans, vous auriez vu que je n’ai jamais critiqué les souverainistes, même si j’ai répété de multiples fois à quel point je n’étais pas d’accord avec leurs idées. Je serais ravie de débattre et d’entendre leurs arguments raisonnés. Le problème, c’est que j’attends toujours…et non, vos trois slogans abscons, aussi vide de sens que plein de préjugés ne sont pas une démonstration logique. Je ne critique pas les brexiters (qui n’ont souvent aucune idée des théories souverainistes, mais sont juste bouffis de haine contre les étrangers, européens et autres) par ignorance, mais par auto défense. Ce sont eux qui ont commencé à nous attaquer, alors qu’on n’avait rien demandé et qu’on ne les a jamais empêché de se tirer une balle dans le pied si ça leur chante. Ils pouvaient tout à fait mettre à terre leur système de santé, faire fuir leurs entreprises et leurs services financiers, dévaluer leur monnaie, exploser l’inflation, et endetter encore plus leur pays si ça les amuse, sans déverser en plus des torrents de haine sur nous…quoique non, parce qu’on a aimé passionnément leur pays et voir l’état de désolation dans lequel ils le plongent par entêtement idéologique nous attriste profondément. J’imagine que ça vous échappe, ça aussi. Le fait que ces grands démocrates désignent tous ceux qui ne pensent pas comme eux comme des ennemies du peuple ne vous pose pas de problème? Non, probablement pas puisque vous m’intimez l’ordre de me taire au nom de la liberté d’expression…

Vous voyez, vous vous êtes plaint que je ne vous réponde pas, vous avez droit à billet entier. C’est juste que je ne laisserai pas passer vos commentaires par égards pour mes lecteurs. Après 18 mois en brexitland, je me suis malheureusement habituée à ce genre de logorrhée verbale agressive et dénuée de sens, mais il n’y a pas de raison que je la leur fasse subir. Par contre, c’est très gentil d’avoir mis des vaches dans votre conclusion. Mais je ne suis pas sûre que si chacun reste chez soi, les vaches seront vraiment bien gardées. La transhumance, ça vous dit quelque chose?