Gaëlle et l’Humanitaire : Tchad, Espagne et Maroc 2/3

C'est un domaine que nous connaissons tous, au moins de nom, mais dont la vie professionnelle nous est souvent inconnue : l'Humanitaire. Pour ce second article, Gaëlle nous mène au Tchad, en Espagne puis au Maroc, pour en savoir plus sur son métier et ses conditions. Un article qui vous aidera à mieux comprendre l'Humanitaire !

>>>>> Lire le 1er article : Gaëlle et l'Humanitaire : Brésil et Inde.

Comment es-tu passée de l'Inde au Tchad ?
Entre l'Inde en 2008 et le Tchad en 2011, il s'en est passé des choses... Je suis repartie 6 mois au Brésil pour essayer d'y trouver du boulot, je suis rentrée finalement en France et j'ai vécu 1 an à Lyon pour une formation dans une école spécialisée dans le travail humanitaire et de développement... Je devais trouver une mission en ONG pour valider ma formation et c'est comme ça que je suis partie au Tchad d'août 2011 à août 2012 avec Oxfam Intermon (branche espagnole de l'organisation Oxfam International).

Gaëlle et l’Humanitaire : Tchad, Espagne et Maroc 2/3

Quel était ton état d'esprit en arrivant là-bas ?
Excitée de vivre une nouvelle aventure culturelle et professionnelle mais aussi totalement flippée d'arriver dans un pays assez mystérieux et de travailler dans un contexte totalement nouveau pour moi...

Quelles ont été tes missions principales ?
J'ai travaillé comme chargée de programme, je collaborais au suivi des différents projets d'action humanitaire menés dans les camps de réfugiés qui fuyaient le Soudan et dans des régions tchadiennes où il y avait une sécheresse et une épidémie de choléra... c'était intense avec beaucoup de projets et je m'occupais en particulier de faire des rapports pour les différents bailleurs de fond qui finançaient les projets, et d'écrire de nouvelles demandes de subventions. Tout ça se faisait en collaboration avec les responsables des projets et les responsables financiers.

Où résidais-tu ?
Etant personnel expatrié de l'ONG, je vivais avec d'autres collègues expatriés dans une grande maison de la capitale, N'djamena et assez régulièrement je me déplaçais dans les zones du pays où on avait des bureaux et des projets. Ma vie pendant cette année a été assez particulière : je vivais avec mes collègues dont certains sont devenus des amis, on était presque H24 ensemble... Je vivais selon des règles de sécurité plus ou moins strictes (horaires pour sortir/rentrer, déplacement uniquement avec la voiture de l'ONG conduite par un chauffeur tchadien, pas possible de faire du tourisme dans une grande partie du pays, interdiction d'aller dans certains quartiers de la capitale...) On n'avait pas vraiment d'espace pour une vie privée... La vie sociale était souvent faite de sorties au resto, de fêtes avec d'autres expats dans un cercle très restreint... C'était drôle au début mais je me suis assez vite lassée.

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Qu'est-ce que cette expérience t'a apportée ?
Sur le plan professionnel, ça a été un vrai apprentissage ! J'ai appris un métier passionnant au service des autres mais qui pouvait parfois être frustrant... Je me sentais parfois impuissante face à des situations humaines assez dures alors que moi je n'avais qu'une marge de manœuvre limitée, dépendante des bailleurs de fonds et des règles d'une grosse ONG...
Sur le plan personnel, ça a été un vrai challenge ! Même si j'avais déjà travaillé plusieurs mois dans d'autres pays, au Tchad je me suis retrouvée dans un contexte beaucoup plus incertain et j'ai dû développer encore plus ma capacité d'adaptation et de vie en communauté. J'ai aussi développé une assez bonne résistance au stress et au climat ! Travailler presque tous les jours dans un contexte " humanitaire " et passer un an à plus de 35-40° (avec des pics à 53°) c'est fatiguant physiquement et mentalement...

Quelle a été ta relation avec les Tchadiens ?
Elle a malheureusement été assez limitée... en dehors des collègues tchadiens de l'ONG avec qui je bossais, c'était assez difficile d'avoir un contact avec les gens, vu qu'on était limité dans nos déplacements. Au niveau de langue, même si c'est un pays francophone, la 2e langue est l'arabe, dont j'ai appris quelques mots, et il existe des dizaines de dialectes...
Ça a été vraiment dur pour moi après mes expériences au Brésil et en Inde où j'étais en pleine immersion, vivant dans des familles d'accueil selon leurs habitudes et traditions... Au Tchad, je vivais dans une bulle... dans une grande maison avec cuisinier et femmes de ménage, des gardiens et des chauffeurs... c'était vraiment particulier et je ne m'y suis jamais habituée.
Malgré tout, je me suis liée d'amitié avec plusieurs collègues tchadiens et j'ai vraiment apprécié certains moments partagés avec eux, des sorties, des parties de volley. Ils sont souriants et aiment faire la fête et j'ai découvert l'ambiance africaine que j'adore !

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Qu'est ce qui t'as le plus touchée dans cette expérience ?
La découverte de l'Afrique : aride et désertique, dure et hostile mais aussi des gens fiers et travailleurs, des situations de pauvreté liées au sous-développement, des conflits armés, des aléas climatiques, des épidémies, des gouvernements pas toujours très transparents... c'est un peu fataliste mais c'est une réalité qui m'a beaucoup marquée...

Tu as continué avec la même structure, cette fois-ci en Espagne...

As-tu choisi d'aller travailler en Espagne ou était-ce le hasard de ton travail ?
Après un an intense au Tchad, j'ai eu besoin d'une bonne pause où j'ai voyagé quelques mois (Portugal, USA, Brésil encore) puis je me suis mise à rechercher une nouvelle mission et Oxfam m'a proposé un poste en janvier 2013, mais au siège en Espagne à Barcelone pour 6 mois. Puis finalement j'y suis restée 1 an et 8 mois...

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Quels étaient les projets pour lesquels tu travaillais ?
J'avais le même type de poste qu'au Tchad mais j'étais " flying ", dans notre vocabulaire d'ONG, ça veut dire que je m'occupais des projets menés dans différents pays d'Afrique de l'Ouest. Je faisais un travail à distance et parfois je partais en mission courte dans les pays concernés. Mais pour ce poste, je m'occupais de projets autant humanitaires (c'est-à-dire d'urgence en cas de conflits, déplacements de réfugiés, catastrophes naturelles) que de projets de développement de plus long terme (défense des droits des femmes, développement socio-économique et agricole par exemple).

A-t-il été facile de communiquer avec tes collègues ?
Je parlais un peu espagnol et vivre à Barcelone m'a permis de vraiment m'améliorer, surtout en vivant en colocation avec deux espagnoles ! Au travail, c'était mélangé car il y avait pas mal de francophones. Et j'ai appris quelques mots de catalan...

Avais-tu beaucoup de travail sur le terrain ?
Sur un an et demi de vie à Barcelone, je suis partie 6 mois en mission dans les pays où je suivais des projets : Burkina Faso, Mauritanie et Tchad. Je partais pour 2 semaines minimum et jusqu'à 2 mois. A chaque fois, c'était dans les mêmes conditions que ma mission au Tchad : je vivais avec les collègues expatriés dans une maison, les déplacements étaient relativement limités et on avait peu de contact avec les populations en dehors des collègues de travail...

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Comment est la vie en Espagne ?
Géniale ! surtout à Barcelone ! C'est une ville super agréable toute l'année, même si l'hiver il peut faire assez froid et surtout humide, il y a souvent du soleil et j'adorais être proche de la mer... La vie culturelle et nocturne est super animée, il y avait toujours des trucs à faire et on rencontre des gens de partout. Par contre, c'était/c'est une ville beaucoup trop touristique...

Tu as ensuite enchainé avec une mission au Maroc...

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Quelles furent tes missions sur place ?
En septembre 2014, Oxfam m'a proposé une mission au Maroc de 6 mois qui s'est finalement étalée sur 1 an et 8 mois ! J'occupais un poste de responsable de programme adjointe : j'ai eu à gérer un projet en particulier mais cette fois pas seulement la partie des rapports mais aussi la partie de planification/organisation des activités, de suivi du travail avec les associations partenaires marocaines, d'évaluation du projet dans son ensemble. Puis petit à petit, j'ai donné un appui à mon responsable sur l'ensemble des projets pour assurer une bonne coordination avec toute l'équipe et avec les partenaires. J'ai aussi contribué à développer de nouveaux projets et à présenter des demandes de subventions.

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T'es-tu sentie plus investie dans ta mission du fait de travailler pour le droit des femmes ?
En effet, tous les projets sur lesquels j'ai travaillé au Maroc touchaient ce qu'on appelle dans notre vocabulaire d'ONG la " justice de genre ", c'est-à-dire la promotion du respect des droits des femmes et de plus d'égalité femmes/hommes. Et je crois que oui je me suis sentie encore plus investie par mon travail au Maroc car en tant que femme, j'ai contribué à mon échelle à accompagner d'autres femmes à connaitre leurs droits, à se former, à s'émanciper et à devenir actrices de changement dans leur famille, leur communauté et la société en général.
Avant ma mission au Maroc, je m'intéressais un peu aux questions du féminisme et de l'égalité mais après avoir travaillé spécifiquement sur cette thématique, je me suis sentie encore plus concernée et je me suis rendue compte à quel point un travail devait être fait, certes au Maroc mais aussi en France et dans la plupart des pays que j'avais eu l'occasion de connaitre...voire dans tous les pays du monde...

En tant que femme, comment étais tu accueillie par les locaux ?
Plutôt bien ! Les marocains sont adorables, généreux, très curieux et fiers de leur pays. Je me suis sentie assez vite à l'aise au sein de l'équipe de travail, et dans ma nouvelle ville d'adoption, Rabat. C'est une ville peu touristique et on peut s'y balader sans trop être repérée ou embêtée, surtout comparé à des villes comme Marrakech ou Fès beaucoup plus visitées par les touristes et où les vendeurs des souks peuvent être vraiment insistants... Avant d'arriver au Maroc, j'en avais l'image véhiculée par les médias, ma famille avait beaucoup d'appréhension du fait que ça soit un pays musulman mais finalement je me suis sentie en sécurité et la culture musulmane est certes ultra présente mais aussi plutôt tolérante.
Par contre en tant que femme, j'ai été souvent confronté aux regards et aux interpellations des hommes, à des situations où j'ai été suivie dans la rue... Cela arrive au Maroc, comme ça peut arriver dans n'importe quel pays et ce n'est pas forcément lié au fait que je sois étrangère ou non musulmane. Le Maroc, malgré son image de pays ouvert et enclin à la modernité, reste un pays traditionnel et patriarcal où le rôle et la place de la femme est encore moins valorisé que ceux d'un homme... De même, le respect des libertés individuelles et des droits humains au sens large reste un défi...

Qu'est-ce que cette expérience avait de différent des deux précédentes ?
Au Maroc, j'étais à nouveau expatriée mais dans un pays beaucoup plus tranquille et sûr que le Tchad, le Burkina ou la Mauritanie. Je vivais aussi en colocation avec des collègues mais la vie en dehors du bureau était beaucoup plus facile et libre. Je me suis créé ma petite vie comme je l'aurais fait un France, avec plein d'activités et de sorties. J'ai pu visiter le pays à maintes reprises, partir en week-end à la découverte des milles et un paysages de cet immense pays : côtes, plages, montagnes, plaines verdoyantes ou désertiques, palmeraies, vallées vertigineuses et dunes de sable à perte de vue... J'ai adoré découvrir les marocains, leur culture, leur gastronomie, leurs villes aux médinas grouillantes et pleines de trésors, leurs riads et autres kasbahs qui donnent l'impression d'être dans un autre monde...

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Penses-tu retourner dans l'un de ces 3 pays un jour ?
C'est déjà le cas ! Je suis retournée 1 mois au Tchad pour une mission courte en 2014, je vais en Espagne régulièrement pour rendre visite à mes anciennes colocs, mes amis et mes collègues du siège de l'ONG. Et après un an et demi de vadrouille sur le continent américain, je suis de retour au Maroc depuis septembre 2017 pour une nouvelle mission !

Après avoir vécu ces 3 expériences, comment vois-tu ton métier ?
Toujours plus challenging et enrichissant ! Il me permet de travailler sur des thématiques qui interpellent et de contribuer à une société, voire un monde un peu plus juste, à ma petite échelle... Il me permet de vivre à l'étranger, dans des cultures différentes où je peux être stimulée intellectuellement, culturellement, où je peux découvrir d'autres réalités et rencontrer des gens aux parcours multiples...

Et que penses-tu de ta position (dans l'humanitaire) vis à vis des pays que tu visites ?
C'est un large débat et il faudrait des pages et des pages pour vraiment répondre à cette question... Travailler dans l'humanitaire et le développement, ce n'est pas seulement une question de volonté et de don de soi. C'est aussi un vrai métier qui s'apprend, qui demande des compétences précises et des aptitudes personnelles. Moi j'ai choisi de faire ce métier à l'étranger et dans des pays qu'on appelle " du Sud ", après avoir été qualifiés il y a quelques années de " sous-développés " ou de " tiers-monde "... mais il peut aussi être fait en France ou dans n'importe quel pays occidental. Quand on voit les niveaux d'inégalités, de pauvreté et d'atteinte aux droits humains, sans parler des guerres et autres catastrophes naturelles, je me dis que ce secteur professionnel sera utile pour encore de nombreuses années...

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Si tu devais conseiller ceux qui souhaitent travailler dans ton domaine, que leur dirais-tu ?
De bien se renseigner sur le type de postes et de projets qui existent, sur les différents contextes de travail également, mais surtout de se former et de se préparer à un certain choc culturel... La volonté ne suffit pas/plus et les ONG qui agissent dans ce secteur recherchent des personnes qui ont des compétences spécifiques. Mais contrairement à ce qu'on peut penser, les ONG ne recherchent pas que des profils médicaux, mais aussi des profils techniques et des gestionnaires, des financiers, etc.
En France, il existe aujourd'hui de nombreux masters universitaires qui restent plutôt théoriques... Mais il y a également des écoles spécialisées et reconnues, comme l'Institut Bioforce à Lyon qui forme spécifiquement aux " métiers de l'humanitaire et du développement ". Malgré mes expériences de volontariat (lien vers le 1er article), c'est une formation dans cette école qui m'a permis de trouver ma 1ère mission en ONG.

Pour en savoir plus sur le parcours de Gaëlle, suivre son blog : Voir de quoi est fait le Monde.

Pour relire le premier témoignage de Gaëlle, suivez l'article ci-dessous :

Gaëlle et l'Humanitaire : Volontaire au Brésil puis en Inde - 1/3

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