Une drogue dure appelée « voyage »

Lecteur, j'ai un aveu à te faire : je me drogue (papa, maman, avant de s'énerver, on lit jusqu'au bout ;-) ) . Et attention, pas une drogue douce hein... Nan, plutôt une drogue qui rend addict dès la première utilisation et pour laquelle il y a une accoutumance très prononcée... Par contre, c'est une drogue qui, pour une fois, n'est pas nocive pour la santé (ou presque...), et totalement légale. Cette drogue, c'est le voyage.

Le voyage est une drogue

Plus on voyage, et plus on a envie de voyager... et j'irais même jusqu'à dire que plus on voyage, plus on a BESOIN de voyager. Pour être plus précise, je devrais même parler de découverte, et non de voyages... car au final, ce sont les découvertes faites pendant un voyage qui rendent celui-ci addictif... Tout comme dans le cas d'une drogue, il faut augmenter la dose afin d'avoir les effets obtenus au cours de la première " utilisation ", retrouver cet émerveillement, cette euphorie... Tout comme la drogue, on finit par ne plus du tout pouvoir s'en passer, on finit par tout faire pour pouvoir continuer à consommer régulièrement, et ainsi se sentir bien. Notre monde finit par tourner autour du voyage et de la découverte, dans les liens qu'on tisse avec les gens, dans les activités que l'on fait, etc... On devient alors plus vulnérable face à un virus très puissant : le virus de la bougeotte.

Une drogue dure appelée « voyage »

Voyager plus pour se sentir mieux

Ça va bientôt faire 5 ans que nous avons quitté la France. En 5 ans, nous avons vécu dans 4 pays différents, et on a voyagé aux 4 coins de chacun d'eux dès que possible. À chaque fois, on en a profité pour découvrir la ville où on vivait, découvrir les villes voisines, les régions voisines, découvrir le pays en entier en somme, et aussi partir à la découverte des pays voisins, dans la mesure du possible. La DÉCOUVERTE. Le mot qui guide mes pas et gouverne mes choix...

L'autre jour, en farfouillant dans mes albums photos de 2011, correspondant donc à notre première année au Brésil, je me suis rendu compte que je prenais beaucoup de plus de photos à l'époque que maintenant. Je me suis demandé pourquoi ? Après tout, j'ai aujourd'hui du bon matos photo, je devrais en faire plus aujourd'hui qu'avant... Mais non. C'est juste qu'à l'époque, tout était nouveau pour moi. Chaque détail autour de nous m'émerveillait. Une fleur que je n'avais jamais vue, un insecte nouveau, une tenue inhabituelle, un panneau avec des indications en brésilien, un arbre, une maison, une façade de bâtiment, une plaque d'immatriculation, un billet... etc etc. Tout passait par notre appareil photo. Tout. Tout n'était que découverte ... L'extase totale, un sentiment de liberté extrême, une euphorie constante...

Puis au fur et à mesure de nos voyages aux 4 coins du Brésil, on a vite vu que beaucoup d'éléments commençaient à faire partie du décor, et qu'on ne s'émerveillait plus pareil devant eux, alors qu'ils faisaient partie intégrante du voyage. On remarquait la présence de ces fleurs, de ces insectes, de ces maisons typiques, de ces panneaux, des ces plages pourtant paradisiaques... mais on ne s'arrêtait plus pour les regarder pendant des heures ; on passait notre chemin, l'effet de la découverte était déjà passé. On en discutait, et on voyait bien à quel point cet émerveillement nous manquait si on restait un peu trop longtemps au même endroit... Il fallait alors partir à la recherche de nouveautés pour que notre soif de découverte soit assouvie, et que nous puissions être pleinement satisfaits. Voilà, on avait officiellement chopé le virus de la bougeotte, conséquence immédiate de cette addiction au voyage et à la découverte. Et ses effets se font de plus en plus sentir avec le temps...

Depuis, tout est prétexte à bouger et à se nourrir de découvertes à tout instant. Une journée où je n'ai rien appris, où je n'ai rien découvert, m'ennuie. Chaque jour, je me demande qu'est-ce que je pourrais bien aller découvrir de nouveau, que ce soit en direct ou au travers de reportages, de blogs bien construits, etc, en attendant que je puisse bouger moi-même. À chaque voyage, je pense déjà au(x) suivant(s). Chaque jour, la liste des choses que je veux découvrir ne fait que s'allonger, même si je raye aussi quelques items au fur et à mesure que je fais ces découvertes... J'imagine aussi plein de manières différentes de voyager afin de ne surtout pas tomber dans une redondance qui amenuiserait les effets recherchés de la découverte... (tente de parcourir une rue à pieds, puis à vélo, puis en bus : tu constateras que tu la redécouvres à chaque fois sous un nouveau jour... ).

Bref, je crois qu'on fait vraiment notre maximum pour assouvir notre besoin incessant de découverte, de toutes les manières possibles. Sans ça, un certain sentiment de lassitude serait apparu, une routine destructrice... et perso, j'ai trop peur de ça pour lui laisser le loisir de s'installer dans ma vie !! Comme je le disais hier à une collègue et amie blogueuse suite à son article qui m'a inspiré celui-ci : quand j'étais gosse, je disais souvent que je ne comprenais pas comment des gens pouvaient envisager de rester vivre toute leur vie au même endroit, en travaillant au même endroit, et en vivant avec la même personne. J'ai juste changé d'avis sur le dernier point (heureusement pour mon mari!) ; et pour le reste, je suis restée assez fidèle à ma philosophie d'enfant ! :-)

Une guérison possible ?

En principe, dans le cas d'une toxicomanie, la démarche classique est de chercher à se soigner, à se désintoxiquer. Là, pas du tout. On ne peut pas guérir d'une telle addiction, et j'ai envie de dire qu'il ne faut pas ! Plus tu découvres, et plus tu gagnes personnellement. D'ailleurs, voyager est la seule chose que l'on achète et qui nous rend plus riche (comprendre " riche intérieurement "...). Le monde est suffisamment vaste et riche à tous les niveaux pour que nous ayons de quoi assouvir notre soif de découverte durant notre vie entière, sans parler des innombrables manières de voyager qui contribuent aussi aux joies de la découverte. Alors pourquoi " guérir " dans la mesure où cette addiction n'est dangereuse ni pour soi, ni pour autrui ? ;-)

Sois juste prévenu, si tu mets un pied là-dedans, il est fort probable que tu ne t'en sortes jamais !

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