Le tremblement de terre de Bâle : que s’est-il passé ?

Publié le 10 mars 2021 par Mon Grand-Est
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Il fait encore parler de lui près de 700 ans après. Le grand tremblement de terre de Bâle a marqué durablement les esprits de nos régions du Rhin supérieur. Pour de nombreux sismologues et scientifiques, le séisme de Bâle de 1356 passe pour l’un des plus forts tremblements de terre recensés au nord des Alpes. Les traces de la catastrophe sont encore visibles de nos jours. Petite enquête sur cet événement sismologique exceptionnel et destructeur.

Le récit du tremblement de terre de Bâle

Nous sommes le 18 octobre 1356.

C’est la Saint-Luc, et une belle journée d’automne se termine.

Mais voici qu’à 16h, le sol commence à trembler.

A Bâle et dans les villages alentours, les gens sortent de chez eux, paniqués.

Que se passe-t-il ?

Les secousses déconcertantes se poursuivent jusqu’en soirée et même une fois la nuit tombée.

Au milieu de la nuit, une nouvelle secousse se produit, réveillant tout le monde.

Le tremblement de terre est incroyablement fort et intense.

Du jamais vu à Bâle et dans la région.

La secousse sismique s’amplifie et soudain, on entend des cris de partout.

Les maisons et les murailles de la ville s’écroulent.

Pas un seul bâtiment en pierre n’échappe à la destruction, partielle ou totale.

De même, la cathédrale de Bâle s’effondre en partie. Le portail occidental, les parties supérieures de la nef, les tours du chœur, tout est par terre !

Mais c’est le feu qui devient vite le prochain fléau.

Séisme de Bâle imaginé par Karl-Jauslin (1842-1904)

Un incendie ravageur

Un incendie se déclare, incontrollable.

Il se propage jusqu’à la cathédrale, embrase le clocher dans lequel se trouve la grosse cloche et la détruit, ainsi que les précieuses orgues.

Les maisons à colombages, qui avaient vaillamment résisté aux secousses sismiques, sont la proie des flammes.

Les habitants, impuissants et désemparés, tentent en vain de l’éteindre.

Il leur faudra trois jours pour en venir à bout.

L’incendie suivant le séisme de Bâle

Enfin, dernière calamité, le lit de la Birse, obstruée par les bâtiments détruits, déverse son eau dans les caves où les Bâlois avaient stocké leurs provisions. Céréales, légumes, fruits, vins… tout est perdu.

Certains avaient pu fuir la ville, en s’installant dans des cabanes de fortunes sur les champs, et pour les plus chanceux, dans les fermes.

La ville n’est plus qu’un amas de ruines.

La gravure de Christian Wurstisen (1580). La ville de Bâle s’effondre tel un château de cartes

On estime le nombre de morts à 300 Bâlois, la plupart ensevelis sous les décombres ou brûlés dans l’incendie.


Le contexte historique du tremblement de terre de Bâle

On l’a dit, le tremblement de terre de Bâle a marqué les esprits de par son intensité. On l’associe avec celui de Lisbonne, en 1755, tout aussi dévastateur.

Bâle au 16e siècle

Bâle et ses environs n’en sont cependant pas à leur premier séisme.

  • Déjà, en 1348, un violent tremblement de terre avait été ressenti dans la ville.
  • En ce milieu du 14e siècle, l’Europe fut éprouvée par la “peste noire” qui frappe Bâle depuis 1348. La pandémie aura causé la mort d’un quart de la population, ce qui est énorme pour l’époque.
  • Enfin, le tremblement de terre eut lieu au milieu de la longue guerre de Cent Ans, même si la ville de Bâle reste à l’écart du conflit qui oppose surtout la France à l’Angleterre.

La ville suisse de Bâle en hiver © French Moments


Mais que s’est-il donc passé ?

Des sismologues ont suggéré que le tremblement de terre de Bâle ne comptait pas moins de 12 secousses en l’espace de 48 heures, entre le 18 et le 19 octobre 1356.

On estime que son hypocentre se situait de 1 à 15 km de profondeur.

Quant à son épicentre, il est établi qu’il se trouvait non pas à Bâle même, mais à une dizaine de kilomètres au sud de la ville, dans la région de Dornach, à l’est du Blauen.

Les scientifiques évaluent le séisme de Bâle à une magnitude de 6,2 à 6,7 sur l’échelle de Richter.

Selon les sources scientifiques, les destructions s’étendirent dans un rayon compris entre 15 et 30 kilomètres autour de Bâle. De nombreux châteaux et églises furent entièrement détruits. Ce fut le cas des châteaux du Sundgau, dont le Landskron.

On estime le nombre de morts à 300 morts à Bâle et de 1000 à 2000 dans l’ensemble de la région.

Jusqu’où a-t-on ressenti le séisme de Bâle ?

On suppose que l’onde de choc du tremblement de terre de Bâle a été la plus forte entre 15 et 30 kilomètres autour de Bâle.

Mais le séisme de 1356 fut ressenti très loin de Bâle.

Des chroniques font état de la catastrophe naturelle en :

  • Suisse (Berne, Zurich, Lucerne)
  • Allemagne (à Fribourg-en-Brisgau et en amont du Rhin jusqu’à Constance).
  • Alsace (Mulhouse, ville proche géographiquement de Bâle, Colmar, Strasbourg)
  • France (en Lorraine à Metz ou Nancy, à Besançon, à Dijon, en Champagne et même à Paris).

Pour les sismologues qui ont étudié le tremblement de terre de Bâle, ils affirment qu’il ne s’agissait pas du “séisme du siècle”.

Pire, c’était le “séisme du millénaire” !

Et si la terre tremblait de nouveau à Bâle ?

Bâle se situe au sud du fossé rhénan, qui s’étire le long du Rhin jusqu’à Mayence, par Fribourg-en-Brisgau, Colmar, Strasbourg, Karlsruhe et Mannheim.

Il s’agit d’une région sujette à des mouvements tectoniques dans laquelle des séismes de plus ou moins forte intensité peuvent avoir lieu.

Séismes enregistrés dans le Rhin Supérieur (source Rutsch.eu)

En effet, le fossé rhénan continue inlassablement de se creuser entre les Vosges et la Forêt-Noire, ce qui peut susciter quelques craintes quant à un séisme de même intensité que celui de 1356.

D’après un exercice sismique rapporté par le site Rutsch, un séisme similaire à celui de Bâle en 1356 occasionnerait de nos jours :

  • Un bilan humain de 1000 à 6000 personnes
  • 60 000 personnes blessées à différents degrés
  • 1,6 million de personnes sans domicile à court terme
  • 50% des bâtiments endommagés
  • 45 à 90 milliards d’euros de dégâts matériels

Ainsi, le séisme de Bâle ressurgit dans les médias locaux à chaque grand tremblement de terre. Les médias français se sont même emparés du sujet lors de la catastrophe de Fukushima au Japon.

Les autorités nucléaires françaises indiquaient à l’occasion que le grand tremblement de terre de Bâle avait été pris en compte pour la construction de la centrale nucléaire de Fessenheim.

Dans les années 1990, on ne comptait pas moins de 4 centrales nucléaires dans la région du Rhin, de Constance à Mannheim… sans oublier les installations chimiques. Espérons que tous ce beau monde évitera la ruine lors du prochain séisme du millénaire !


Pour en savoir plus sur le tremblement de terre de Bâle

Sites de référence

Une épingle pour Pinterest

En savez-vous plus sur le séisme de Bâle de 1356 ? Si oui, dites-moi tout ci-dessous 🙂


Image mise en avant : Le tremblement de terre du 18 octobre 1356, représentation stéréotypée d’une partie de Bâle et du Rhin dans la Schweizer Chronik de Christoph Silberysen, 1576 (Aargauer Kantonsbibliothek, Aarau, MsWettF 16: 1, p. 288, e-codices).


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