10 ans au Québec, alors heureuse ?

Plus qu’un résumé de ces dix années, où j’allais égrener tous nos souvenirs, j’avais envie de déposer ici mes pensées et mon cheminement. Je vous partage donc une sorte de bilan où le bonheur de vivre au Québec s’est toujours conjugué avec les doutes, parfois la culpabilité. Somme toute, ce fut, c’est et ce sera pour toujours, une expérience de vie incroyable et une ouverture sur le monde et sur soi qui n’a pas son pareil.
Welcome in my mind…

15 septembre 2010 : le départ

C’est avec nos billets aller-simple, deux valises bien remplies et le coeur gonflé d’amour après notre fête de départ que nous partions vers le Canada. À l’aéroport de Nantes, après une pause café et un dernier appel à ma maman nous nous dirigeons vers la zone d’embarquement. Un ultime au revoir à Damien et Gwen, mon oncle et ma tante, chauffeurs pour l’occasion, et on emmagasine encore un peu de l’amour familial, de ces regards tendres et encourageants.

10 ans au canada

Bon ça m’a demandé beaucoup de partager ce montage. C’était il y a 10 ans tout juste et on avait des têtes horribles !!!

Je me souviens encore de la dualité qui m’habitait déjà, oui car elle ne m’a jamais quittée. J’étais remplie d’une joie très intense, mêlée d’une excitation démesurée, à l’idée de réaliser ce rêve qui crépitait en moi depuis 6 ans. Vivre au Canada était mon grand projet depuis que j’y avais mis les pieds en 2006. Et malgré tout, ce 15 septembre, un petit pincement au coeur m’accompagnait lors du départ. Celui de devoir vivre loin de mes proches.

10 ans au Québec, alors heureuse ? Le Canada, terre d’espoir et de possibilités

Bon, très cliché comme titre, mais sérieusement, c’est ce que le Canada et plus précisément le Québec a été pour nous. Très vite, grâce à ma tante et mon oncle qui vivent ici depuis presque 20 ans, nous avons trouvé des emplois. Pour ma part ce n’était pas forcément dans mon champ de compétences puisque j’étais commis dans l’épicerie fine de ma tante. J’ai un diplôme universitaire en histoire et je travaillais comme serveuse dans un château en France.

Cet emploi à temps partiel en appelait un autre alors j’ai décroché un emploi de serveuse dans une résidence pour retraités. Un concept hyper novateur qui consiste à accueillir au sein d’un même immeuble des retraités. Les aînés jouissent de vrais grands logements (du studio à l’appartement 3 chambres) dans un complexe bourré de services : salle à manger, piscine, dépanneur, billard, gym, salons, bistro et j’en passe. Le tout est fréquemment supervisé par une équipe de soins permettant de s’adapter aux besoins de chacun. Bref j’ai toujours trouvé ça génial et 10 ans plus tard je n’ai pas quitté le domaine, je suis maintenant conseillère en location et j’aide les retraités à se trouver leur milieu de vie.

Geoffrey a toujours été en cuisine, jamais dans un restaurant par contre. Soit en résidence pour aînés, comme cuisinier ou chef ou alors dans les épiceries, il y est toujours d’ailleurs. La cuisine l’a toujours habitée mais on sait que s’il voulait se lancer dans une autre branche ce serait assez aisé. Les formations sont courtes et, au pire, il suffit d’un contact ou de rentrer dans une entreprise pour y faire ses preuves et grandir par la suite.

Tous les deux nous avons des emplois dans lesquels nous sommes épanouis, avec des horaires de semaine et des salaires très acceptables. Nous avons un beau parcours professionnel derrière nous et certainement encore de belles opportunités à venir.

Geoffrey et moi on s’accorde à dire qu’au Québec, on vous laisse facilement votre chance en terme d’emploi. Si vous démontrez une volonté, une assiduité et du sérieux, il est possible de grandir assez rapidement dans une entreprise. Au delà des diplômes les employeurs s’intéressent surtout à votre personnalité, vos compétences et à votre capacité d’adaptation et d’apprentissage. En France, le diplôme est bien souvent la première porte d’entrée pour un emploi, suivi d’un entretien d’embauche acéré. Il est bon de préciser que le taux de chômage est très bas au Canada alors c’est vrai que cela facilite l’obtention d’un poste qualifié, ou non d’ailleurs.

Par contre, je nuancerai pour les nouveaux arrivants. N’allez pas croire qu’on va vous offrir monts et merveilles en arrivant. Il faut tout de même débuter quelque part, et cela ne veut pas dire que ce sera à la hauteur de l’emploi que vous avez quitté en Europe. Il faut accepter de commencer parfois en dessous de ses réelles qualifications.

À Québec depuis 10 ans…

… et franchement bien heureux, il faut le dire. Quatre ans après notre arrivée, et sans être encore résident permanent, nous avons pu acheter notre première propriété. Une maison en rangée dans la banlieue de Québec dans un quartier familial avec parc de jeux, écoles, garderies et commerces à proximité. En 2016 nous sommes devenus parents, un petit canadien à qui nous avons donné la double nationalité. Je trouve que c’est tellement un beau cadeau pour Justin d’avoir ce choix, plus tard il pourra vivre et étudier où il le désire.

Nous avons fait de magnifiques voyages et notre ouverture sur le monde n’a fait que croître. Le Costa Rica, les États-Unis, le Mexique, le Portugal,… on explore dès qu’on peut. Le Québec et l’Ontario font aussi partis de nos destinations fréquentes. Notre vie est articulée autour des voyages, que ce soit pour découvrir de nouveaux horizons ou bien pour rentrer en France.

10 ans au canada

Notre plus grande richesse, celle qui me comble, c’est de pouvoir prendre un billet d’avion pour la France n’importe quand, sans contrainte financière. Je me suis toujours dit que le jour où on pourrait se le permettre, on serait riches.

Notre épanouissement va de pair avec le précieux réseau social que nous avons construit ici au fil du temps. Je me souviens que les premières années, il était inconcevable pour moi de me faire de nouveaux amis. Je considérais que j’en avais déjà en France et donc, je ne voyais pas la nécessité de m’en faire d’autres.

Au bout de deux ans, le discours a changé car comme dirait Dr Catherine Gueguen : « L’être humain est avant tout un être social, un être d’interactions, dont la survie et le bien-être sont intimement liés aux autres ». C’est d’ailleurs à ce moment qu’Aleksandra et Nicolas, nos grands amis, sont entrés dans nos vies. Suivis de bien d’autres qui comptent tous énormément et contribuent à notre équilibre. Ils sont notre famille d’ici, ils ne prennent la place de personne en France, ils complètent notre beau réseau de proches à part entière.

Les plus et les moins

J’avais très envie de me prêter à cet exercice. Il est le reflet de mes observations et constatations personnelles et non universelles. Chacun pose un regard différent basé sur sa propre expérience et son vécu. Il n’y a pas de vérité, juste mon ressenti dans ces deux listes.

10 ans au Québec, alors heureuse ? Ce que j’aime au Québec

Les magasins ouverts en tout temps.

Les dimanches, je ne les trouve jamais moroses comme ça pouvait être le cas en France.

Les toilettes partout et gratuites.

La facilité de se restaurer ou de prendre un café, c’est toujours ouvert.

Les gens, leur chaleur, leur gentillesse, leur respect.

La grande ouverture au changement des québécois. Ici pas de manifestation intempestive dès qu’il y a une nouvelle mesure/loi. Je trouve que le Québec va plus facilement de l’avant, accepte mieux les nouveautés.

La lumière de l’hiver, je ne m’en lasse pas année après année. J’adore aussi la neige, c’est si beau (mais ça va aussi être dans la catégorie je n’aime pas).

La grande place faite à la parentalité dans la société. La France est à des années lumière du Québec. La durée du congé parental est énorme (18 semaines pour la mère, 5 semaines pour le père + 32 semaines à se partager).La longueur d’un tel congé encourage et facilite l’allaitement de son enfant (9 femmes sur 10 allaitent au Québec). C’est sans parler qu’il y a des salles d’allaitement partout (centres commerciaux, hôpitaux, cliniques,…) et des tables à langer dans chaque restaurant (même dans les toilettes hommes).

Les bibliothèques, elles sont gratuites et accessibles à tous les citoyens et offrent une une grande variété d’ouvrages.

Les espaces récréatifs, que ce soit les parcs pour enfants avec des grands espaces de jeux, des terrains de sport bien entretenus et en grand nombre ou encore les piscines publiques sans frais.

Le respect des biens privés et publics, ici pas de tag, pas de destruction volontaire des infrastructures, peu de vols, c’est propre et chacun comprend et participe positivement à la vie en société.

La radio, très proche des gens, dynamique, décomplexée et sans langue de bois.

Noël, la musique partout, les décorations grandioses, l’ambiance, les maisons pain d’épice et les lumières.

La quiétude, le non-stress général, je n’ai jamais l’impression de courir ici mais de vivre lentement et calmement.

La proximité avec les « patrons » dans l’entreprise. On te fait sentir important et on n’hésite surtout pas à te dire quand tu fais du bon du travail. Beaucoup de reconnaissance et d’encouragement.

10 ans au Québec, alors heureuse ? Ce que je n’aime pas (ou moins disons) au Québec

Le manque de professionnalisme et de conscience professionnelle pour certains employés dans les entreprises. Je ne parle pas de la mienne en particulier mais par exemple quand je vais à l’épicerie ou dans une compagnie quelconque.

Le prix élevé de l’épicerie (on inclut les fromages et le vin si abordables en France).

Le fait de payer son permis de conduire chaque année (environ 90$ par personne, par année).

Le coût très élevé des assurances de santé (nous avons une assurance familiale avec mon entreprise qui nous revient à près de 250$ mensuellement, l’entreprise nous en rembourse 90$ chaque mois).

La longueur de l’hiver, il fait froid à la mi-septembre (quand ce n’est pas à la mi-août pour 2020) jusqu’en mai. Les pires mois sont mars, avril et mai, là tu n’en peux vraiment plus !

La maintenance de l’hiver, il faut déneiger (comptez environ 275$ par année pour le déneiger à la maison), il faut gratter ta voiture, il faut la démarrer 15 minutes avant pour ne pas congeler,… bref la neige c’est beau de la maison et quand tu te promènes.

La télévision, on l’a d’ailleurs coupée en 2018. Trop trop trop de pubs. Puis je n’ai jamais réussi à accrocher aux programmes d’ici, hormis quelques-uns mais trop peu.

Le peu d’histoire et de bâtiments historiques, le Canada est un jeune pays et je m’ennuie de notre riche patrimoine français.

Les vacances, 2 semaines par an (3 semaines au bout de 3 ans dans le même emploi ou quand on est cadre) c’est vraiment peu. Nous avons quand même la chance de pouvoir prendre du sans solde. Cela dit, les québécois semblent s’en accommoder.

La langue française est souvent malmenée. On utilise beaucoup de vieux-français ici (on peinture, …), on féminise toute sorte de mot (la bus, la moustiquaire, une ascenseur,…) et les fautes de grammaire et d’orthographe sont bien présentes, même à la télé. J’avoue que mon français s’est aussi détérioré et je reconnais faire des coquilles de temps à autre. Ça m’étonne d’ailleurs que le français soit si abîmé alors que le Québec est un fervent défenseur de cette langue.

Le fait qu’on dise que les français utilisent plus de mots anglais que les québécois. Sérieux c’est une des choses qui m’agacent au plus haut point. Honnêtement autant au Québec, qu’en France notre language est garni d’anglais, seulement on ne l’applique pas sur les mêmes mots. Oui on va dire pressing, parking, week-end ou encore chewing-gum quand ici on va dire le hood, c’est l’fun, c’est trop cute, anyway ou encore check bein. #matchnul

La difficulté de s’enraciner

Comme je disais, en arrivant en 2010 j’étais partagée entre deux sentiments, celui de la joie d’aller vivre au Québec et celui de la peine de quitter ma famille.

Bien que nous ayons très vite pris la décision de nous établir ici, je n’ai jamais été à 100% en phase avec ce choix. Il y a toujours une part de doute et après ces nombreuses années je l’accepte quand même de mieux en mieux.

Pour être bien honnête je ne sais pas si nous aurions réussi à avoir une qualité de vie aussi exceptionnelle en étant restés en France. Nous sommes très épanouis, très heureux, pas submergés par le quotidien bref nous sommes vraiment bien et sereins. Et lorsque je parle avec mes amis en France il me semble que leur vie semble plus tourmentée et plus stressante.

Mais, la famille est un manque cruel, un vide qui ne se comble pas, par rien, par personne. C’est d’autant plus important depuis que nous sommes parents. Justin du haut de ses 4 ans réclame ses papys et mamies, ses oncles et tantes, ses cousins,… Quand je pense aux merveilleux souvenirs de mon enfance entourés de mes grands parents, je me sens horrible de le priver de ça. Évidemment ils viennent, on y va mais ce sont des moments planifiés, intenses où tout se vit en une ou deux semaines. Le quotidien, la spontanéité ce n’est plus possible avec la distance, et c’est ça que je trouve le plus difficile.

Il y a aussi la difficulté avec le temps à maintenir des liens étroits avec ceux qui jadis faisaient partis de nos vies. Nos amis ont leur réseau en France, leur propre famille et il est plus difficile de s’y trouver une place que ce soit pour eux comme pour nous.

C’est pour cela que j’ai toujours eu une certaine retenue ou des doutes lorsque vient le temps de concrétiser un projet ici. Des trucs aussi bêtes que d’acheter un nouveau canapé, rénover le sous-sol. J’en suis encore à me dire qu’on n’est peut être pas là pour encore longtemps pour s’investir autant. Même si au plus profond de moi je pense que notre vie est définitivement au Canada.

Il y aura toujours ce doute, d’être à la bonne place, d’avoir choisi le Canada plutôt que la France. À la fois, si nous rentrions en France, je suis convaincue que je serais exactement dans le même déchirement.

Je dois souligner ici aussi le fait que nos parents sont des soutiens incomparables, résilients envers nos choix de vie et attachés à notre bonheur. Jamais ils ne nous ont demandé de rentrer. Ils en seraient ravis je le sais, mais, ils ont cette force de nous y décourager aussi. Au fond d’eux ils savent que nous sommes bien et qu’on se baigne d’illusions, qu’on ne voit que le bon côté de la France, soit les moments avec nos proches surtout. Ma maman me dit constamment que j’idéalise un potentiel retour et je sais qu’elle a raison. Nos parents et nos proches ont toujours été les premiers à nous encourager et à nous soutenir. Ils sont fiers de nous et ils sont notre force.

Alors heureuse ?

Oui, oui et oui, absolument. Le Canada c’était mon rêve, je me voyais y vivre, j’avais tout aimé de mon premier séjour et j’étais impatiente d’y retourner. Lorsque j’ai rencontré Geoffrey, je lui ai très vite fait part de mon envie et c’est devenu notre rêve à tous les deux.

10 ans plus tard, nous sommes carrément heureux et encore remplis de projets. Le plus beau à venir est l’arrivée de notre deuxième enfant en 2021 suivi d’un long long retour le printemps prochain en France, notre deuxième maison. Pour la première fois, depuis notre départ, nous planifions de rentrer pour Noël 2021. Prendre des vacances en France est, et sera toujours dans nos projets, c’est un besoin viscéral de refaire le plein des nôtres pour mieux vivre notre vie au Canada.

Rentrer en France un jour ? Peut-être, jamais je ne me résoudrai à fermer la porte à cette possibilité. Mais de là à le planifier ce retour, nous n’en sommes pas là. Souvent on en parle mais rarement de façon bien concrète. Un jour viendra… ça reste dans un coin de nos têtes.


Il n’y a pas de conclusion, pas de bonne réponse, pas de mauvais choix. Il y a seulement notre bonheur depuis dix ans et les doutes ne sont là que pour nous ramener à la vraie vie. Rien n’est jamais tout rose mais comme dirait ma maman, dans chaque situation il faut que le positif l’emporte. Et soyons honnête c’est le cas…

Pour finir, voici deux articles qui parlent de notre expatriation.

10 ans au Québec, alors heureuse ?

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10 ans au Québec, alors heureuse ?

10 ans au Québec, alors heureuse ?Vivre l’expatriation avec un enfant, entre bonheur et culpabilité

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