Les mots français en Autriche : petit guide de survie

Publié le 15 juin 2018 par Ailleurstoujours @TjsEtreAilleurs
Ce mois-ci, le thème des Histoires expatriées, dont la marraine est Estelle du blog Curiosity Escapes, est la langue. Plutôt que de vous conter mes déboires avec l'allemand (sujet toujours ô combien sensible) qui à mon sens n'ont pas grand intérêt, j'ai plutôt eu envie de partir sur une approche plus ludique en m'intéressant au sujet suivant : la place de la langue française en allemand, et particulièrement en Autriche. Alors comme ça on dirait que je vais me lancer dans une grande dissertation mais non, pas du tout : j'ai envie de vous montrer que même si vous ne maîtrisez pas l'allemand, vous devriez rencontrer des familiarités dans la langue qui pourront vous aider, vous faire sourire... ou vous rendre perplexe, parfois.

Les calques français


L'idée ce n'est pas de vous faire un cours de linguistique, j'en serais bien incapable, mais force est de constater que dans la vie de tous les jours, dans la rue, au restaurant (das Restaurant, on ne peut pas faire plus simple !) ou au café (das Café, pareil, méprise impossible), il y a plein de mots allemands qui sont repris du français et qui ont absolument le même sens. Le domaine de la gastronomie est particulièrement révélateur : à la boulangerie (die Bäckerei : là c'est l'anglais qui vous aidera à comprendre si l'odeur ne vous aide pas avant) commander une Baguette ou un Croissant, c'est tout à fait normal. Au Café donc, où le café, je le rappelle, n'existe pas, vous pourrez par contre commander une Limonade, qui bien souvent vous sera servie non-pétillante. Si vous préférez commander un smoothie, vous ne devriez pas trop être dépaysé : Banane, Orange... Mais par contre, sur votre pizza, ne cherchez pas de Tomate : en Autriche, on utilise surtout le mot Paradeiser, c'est bon à savoir ! Le Cordon Bleu est également l'un des plats typiques du pays, au menu de nombreux restaurants. Sinon les classiques Kaffee et Tee sont plutôt transparents : je vous ai dit, pas besoin de dictionnaire !
Par contre on n'a pas dit que c'était bon marché.
Plus d'une fois j'ai été interpellée dans la rue de voir des devantures de boutiques de cosmétiques surmontées du mot Parfumerie : on sent d'ailleurs un petit côté désuet dans l'emploi qui me plaît beaucoup. Toujours dans la rue, vous remarquez aussi parfois le terme Atelier sur le devant des bâtiments : cela se passe de commentaire. Enfin, si vous vous sentez perdu entre les Hauptstrasse, les Strasse et les Gasse, voici un mot qui devrait vous rassurer : en Autriche, on trouve aussi des Allee, avec la plus célèbre, la Hauptallee du Prater. Et que dire du terme Passage, utilisé à Vienne pour des endroits plutôt chic : il y a bien sûr le passage Ferstel dans le 1er arrondissement mais aussi d'autres Passage dans le reste de la ville, notamment dans le 6e. Pour rester dans les lieux toujours, deux des endroits les plus connus de Vienne ont le droit à un emprunt du français : le MuseumsQuartier et le Belvedere, qui a aussi le droit à son Quartier Belvedere, qui me donne toujours l'impression d'être un peu en France quand je passe dans cette station de S-Bahn (impossible pour moi d'ailleurs de prononcer, même mentalement, le nom à l'allemande !).
Trois pour le prix d'un !
Si vous vous promenez dans le 9e arrondissement aux alentours du Lycée français, c'est le retour aux sources assuré : entre les commerces aux noms français (le café Melangerie – petit jeu de mots) ou les devantures qui alternent français et allemand sans distinction, on a l'impression d'être dans un petit coin de France à l'étranger.
Enfin, certains mots sont des reprises de mots français mais avec un sens entièrement autrichien : le plus célèbre c'est bien évidemment le Melange, la boisson "officielle" de l'Autriche j'ai envie de dire, ce café au lait servi dans tous les cafés.
Et ce, sans compter tous les mots dérivés du latin ou du grec qui sont donc très semblables au français (et que l'on retrouve aussi souvent en anglais dans une forme très proche) : die Litteratur, die Kultur, die Familie, das Theater, die Gastronomie, die Suppe, die Antiquität, etc. Ou même d'autres origines, comme der Alkohol. La liste est longue ! Autant de mots que vous risquez de croiser et de comprendre facilement.
Une parfumerie à Linz.

Les mots dérivés du français


L'allemand regorge aussi de mots d'origine française mais qui se sont germanisés au fil du temps : cela nécessite parfois une petite gymnastique pour retrouver le sens premier. C'est par exemple le cas de die Apotheke, qui peut vous être plutôt utile : ça vous fait penser à quelque chose ? Apothicaire ? Eh bien oui : c'est la pharmacie.
L'une des attractions touristiques phares de Vienne, ce sont ses Fiaker : ces calèches qui vous font visiter le centre historique. Fiaker, fiacre, ça se joue finalement à une seule lettre.
Dans les musées, ou sur leurs sites Internet, on retrouve souvent ce mot : barrierefrei. Une fois sur deux j'oublie le sens et je crois que ça veut dire "accès libre" : il faut dire qu'on en serait pas loin. Frei veut bien dire libre et Barriere est transparent. Mais c'est en fait le terme associé à l'accessibilité (Barrierefreiheit), d'ailleurs bien plus développée ici en Autriche qu'en France, ne serait-ce que dans les transports et particulièrement dans le métro.

Les mots à étymologie française



Et puis, il reste une dernière catégorie, ces mots qui sonnent français et dont le sens est d'ailleurs proche, mais qui n'en sont pas du tout. Le premier qui me vient en tête, c'est le Frisör, ou le Friseur, c'est-à-dire le coiffeur : ce n'est pas une coïncidence, le mot est bien dérivé de notre verbe friser, et provient directement de cette mode d'avoir les cheveux bouclés, notamment via les perruques, qui dura de nombreux siècles.
Autre mot amusant : si vous êtes un homme et qu'une envie pressante vous emmène à utiliser les toilettes publiques, il est fort probable que vous vous retrouviez dans un Pissoir, encore un mot dérivé du français. Et si autant chez nous le verbe pisser est du registre familier, ici pas du tout et il est affiché fièrement, ou en tout cas noir sur blanc, aux endroits concernés.
Celui-là, je l'ai rencontré il n'y a pas très longtemps, quand une copine m'a envoyé une photo prise au Musikverein (ce qui m'a donné l'idée de cet article !) : Billeteur. C'est facile à deviner, non ? C'est en effet ce qui est inscrit sur le badge des ouvreurs.

Attention aux faux-amis


Bien évidemment, ce ne serait pas amusant s'il n'y avait pas quelques pièges par-ci par-là. Ainsi, ne soyez pas étonnés si dans un musée une flèche vous indique Garderobe : ce n'est pas là l'armoire qui contient les vêtements des employés mais simplement les vestiaires. Pour rester dans le domaine culturel, ne confondez pas le régisseur français qui est metteur en scène, et le Regisseur allemand qui est, lui, réalisateur ! Au supermarché, ne soyez pas offusqué si vous croisez le mot Pute au détour d'un rayon : cette pauvre dinde n'essaye pas de vous insulter. Enfin, si vous souhaitez souhaiter bonne chance à quelqu'un, ne dites pas Gute Chance mais plutôt Viel Glück : Chance en allemand a le sens de possibilité.

En conclusion


Alors, est-ce que vous vous doutiez qu'il y avait autant de mots semblables au français en allemand ? C'est vraiment en apprenant une autre langue que l'on se rend compte des liens et similitudes qui existent entre elles, même quand elles ne proviennent pas de la même famille. Et c'est souvent d'une grande aide ! Ainsi, si apprendre le latin au collège ne m'a jamais permis de mieux comprendre le français, je ressens une vraie différence en réapprenant l'allemand aujourd'hui, maintenant que je maîtrise le français ET l'anglais. Je me raccroche à ces deux langues par le biais de tout un tas de moyens mnémotechniques pour me souvenir du vocabulaire et ça marche, au moins au niveau de la compréhension (pour l'expression, c'est un autre problème). On retrouve beaucoup de mots français (dérivés du latin, certes) dans des concepts abstraits et c'est vraiment une aide non négligeable : lors de mon dernier cours d'allemand, où il y avait beaucoup de personnes provenant d'Europe de l'Est ou de Moyen-Orient, le prof devait souvent expliquer des mots qui pour moi me semblaient couler de source (je me souviens de der Pessimismus qui avait fait butter beaucoup).
Cet article participe au RDV #HistoiresExpatriées organisé par le blog L’occhio di Lucie.Retrouvez tous les autres articles "La langue" sur le blog d'Estelle.