L’attaque du plafond


La maison du petit requin est charmante, mais ceux qui ont vu les photos me comprendront quand je dis qu’il y a un sacré boulot de rénovation pour lui rendre un aspect présentable. Pour les gros travaux, comme la cuisine ou l’électricité (ce n’est toujours pas fini), on fait appel à des professionnels. On commence à connaître tous artisans dans un rayon de 25 kilomètres… mais pour le reste, on fait ça nous-mêmes. Enfin on essaie…dans la série je colorie le petit requin, en plein délire, je me suis attaquée au plafond du salon. Ce n’est pas fini, le verdict est encore en délibération pour savoir qui a gagné, de lui ou moi.

L’attaque du plafond

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La chose était dans son jus comme dit la maman de Marichéri, c’est à dire recouverte d’une tapisserie vert foncé à fleurs roses, si. C’est un style. Mais ce n’est pas le mien. Il y a aussi une corniche d’origine. Après avoir décrété que c’était charmant, j’ai décidé de la conserver. J’ai attaqué à l’éponge, au savon de Marseille, au papier de verre, à la soude caustique, au lance-flamme, au bazooka (rayez les mentions inutiles), en pure perte. Il a fallu me rendre à l’évidence, la corniche n’est pas beige à cause de la crasse (vu l’état de la cuisine au départ, je m’attends à tout) ni de l’usure, mais quelqu’un, probablement l’enthousiaste de la tapisserie, a eu l’idée de la peindre comme ça. Avec le vert et les roses, c’est radieux. Bon, on ne va pas se laisser abattre, on va remettre tout ça en blanc et voilà. Je me suis donc retrouvée face une muraille de pots de peinture plus ou moins blafards et un vendeur obtus. Vous voulez quel blanc? blanc coton, zéphyr d’ivoire, blanc de cristal, terre d’Afrique pâle, matin blanc, montagne rocheuse? Non mais il faut arrêter de boire le dissolvant! Je veux juste du blanc blanc, c’est tout. (Je précise que tous les noms sont authentiques. Les fabricants de peinture sont de grands malades agités du nuancier).

Une fois que j’ai réussi malgré la désapprobation du vendeur, a acheté juste du blanc-blanc et pas une teinte vaguement pâlichonne au nom digne d’un cheval de course baptisé par un poète raté et probablement alcoolique étalant sa frustration dans la peinture, il a fallu que je réfléchisse à une tactique pour atteindre ce fichu plafond, tout là haut, à 3m40 du sol. J’ai bien pensé à utiliser GeekAdo, en le faisant sauter sur un trampoline au milieu de la pièce mais il est aussi sportif que manuel il aurait été capable de casser quelque chose (la cheminée, une latte du parquet, son fémur…ce genre de chose). J’ai essayé l’échelle. J’ai le vertige dès la première marche. J’ai beau me cramponner au pinceau, je tremble comme une feuille, j’ai des nausées et des envies irrésistibles de sauter dans le vide, dans de grandes giclées de peinture. A 20 centimètres du sol donc. C’est à dire très loin du plafond, ça ne va pas le faire. C’est là que j’ai découvert les perches au bout desquelles on fixe rouleaux et pinceaux pour peindre tranquillement le plafond en restant les deux pieds sur le parquet et en se démettant les épaules encore plus vite qu’on attrape un torticolis. Aie.

Il a aussi fallu que je déplace les meubles avant même de commencer, de préférence pas sur mes orteils (re aïe), ce qui m’a permis d’être épuisée de suite. J’ai aussi du faire face aux glapissements hystériques de Wizzboy qui s’est jeté devant la télé pour la protéger. Lui vivant, on ne la bougera pas d’un demi millimètre, quitte à ce que tous les deux (lui et la télé donc) affrontent de concert des torrents de peinture blanche projetés artistiquement depuis ma perche. Bon. J’ai manœuvré la chose en tournant autour du gamin qui a décidé de jouer à mario kart, pour mettre une ambiance festive sur le chantier. Si je croise le type qui a pondu la musique de ce jeu débile, je le noie dans un pot de blanc fjords scandinaves (ça existe. Mais je ne vois pas la différence avec blanc falaise). J’ai tenté de couper le son, mais du coup Wizzboy faisait les bruitages, c’était pire. Je ne vais pas me laisser déconcentrer. J’ai joyeusement badigeonné tout ce qui était à ma portée pendant trois heures: le plafond, la corniche, mes bouclettes. J’ai des mains zébrés, la coiffure de la fiancée de Frankenstein, et j’aurais bientôt les bras de Michelle Obama (mais pas le reste de sa morphologie, je fais plutôt marshmallow aérophagique, ça risque de faire bizarre) à cause de la perche peinturlurée. J’ai déjà dit aïe?

Enfin voilà, après une première couche, ça va déjà mieux. Les fleurs ont disparu et le beige aussi. Par contre, il va falloir attendre un peu pour la suite, je ne peux plus bouger les bras…il faut juste que j’attaque les murs après (je me demande comment dulux qualifierait nos murs: saumon décomposé? Pêche avariée? Avec le vert au plafond, c’était à vomir…) . Et le parquet. Et même chose dans la salle à manger. Youpidoo.


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