Thursday Thunder: the hostile environment in action


Il y a longtemps que je n’avais pas fait une colère du jeudi (enfin là, c’est plutôt une irrésistible envie de vomir qu’une colère). Depuis que je ne suis plus en brexitland, je suis beaucoup plus calme. Mais je continue à suivre l’actualité britannique, à m’agiter à mon petit niveau pour les 3,6 millions d’européens soumis aux folies xenophobes d’un gouvernement d’incapables. Un gouvernement qui a étalé au grand jour son racisme, son inhumanité et son incompétence crasse ces derniers temps en s’attaquant à une population âgée, issue de ses anciennes colonies. On les appelle les Windrush children et ce que leur fait subir le gouvernement britannique a ému jusque sur les bancs du parlement européen. Ça se passe aujourd’hui, juste à côté de chez nous.

Thursday Thunder: the hostile environment in action

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Entre 1945 et 1970, en gros, le gouvernement britannique a fait venir tout à fait officiellement des ressortissants du Commonwealth (de la Jamaïque par exemple) pour reconstruire et faire tourner le pays. La France a fait la même chose avec le Maghreb. Des familles ont débarqué en Grande Bretagne légalement. Les parents avaient même parfois la nationalité britannique pour ceux nés avant la décolonisation. Ils sont donc rentrés en Grande Bretagne à la demande du gouvernement britannique, j’insiste. Comme c’était légal aussi à l’époque, les enfants âgés de quelques années, voire quelques mois n’avaient pas de papiers mais étaient inscrits sur le passeport de leurs parents. Pour éviter tout problème par la suite, l’administration de l’époque a eu la très bonne idée de collecter les identités et dates d’arrivées de tous ces gamins, pendant qu’elle apposait un tampon officiel sur le passeport des parents réaffirmant leur droit d’être là. Tout va bien. Avec la décolonisation, les histoires de nationalité sont devenus confuses. Pour ne pas s’embêter, les autorités qui étaient alors efficaces, logiques et humaines ont décrété que tous les mineurs arrivés par ce biais avant 1971 avaient automatiquement un permis de résident à vie en Grande Bretagne si ils n’était pas britanniques. Bref ces enfants arrivés avec leurs parents à la demande du gouvernement britannique ont suivi une scolarité britannique, ils ont un numéro de NHS (l’équivalent du numéro de sécu), ont payé des impôts et des cotisations sociales britanniques pendant 30 ou 40 ans, ont des enfants et des petits enfants britanniques et sont persuadés d’être britanniques. Ils n’ont aucun lien avec le pays d’origine de leurs parents. Comme il n’y a pas de carte d’identité en Grande Bretagne et qu’ils n’ont jamais eu besoin d’un passport, ils ne se sont jamais posés la question de leur nationalité, ça leur semblait évident. Mais de toute façon peu importe, puisque britanniques ou non, ils étaient là légalement.

Et puis Zaza est arrivée. En 2010, elle a été nommée ministre de l’intérieur malgré son charisme d’endive bouillie et son incompétence abyssale. Cette fille de vicaire qui se réclame constamment de sa religion, telle une ayatollah de Church of England qui aurait forcé sur le sherry, a décidé que les autres, c’était le mal et elle est partie en croisade pour pourfendre tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin (parfois de vraiment très loin) à un immigré. Elle a mis en place le hostile environment, c’est le nom officiel de sa politique destinée à créer un environnement hostile pour pourrir le plus possible la vie des immigrés illégaux au départ, mais rapidement de tous ces monstres perfides qui ont osé naître ailleurs, de tous ces traîtres qui ont un taux de mélanine plus élevé que le sien ou de ces infidèles infâmes qui ne partagent visiblement pas son admirable foi chrétienne. Zaza a envoyé aux quatre coins du pays des camions publicitaires affichant le merveilleux message : immigrés illégaux, dégagez ou on vous arrête. C’est beau comme un précepte du Christ, dont Zaza se réclame. Vous savez ce type méditerranéen, juif et qui a dit d’aimer son prochain? C’est clair, Zaza a tout compris. Elle a exigé que les employeurs, les bailleurs et même les médecins se transforment en gentils petits soldats dévoués au hostile environment. Ils doivent demander aux candidats pour un job, aux locataires potentiels et aux malades de prouver leur immigration status. Et comme il n’y a donc pas de papier obligatoire en Grande Bretagne, c’est à la tête (bronzée) ou au nom (imprononçable forcément) du client. La discrimination institutionnalisée. Vous ne pouvez pas prouver votre immigration status? Ben, vous perdez votre boulot, votre logement et vous pouvez crever. Vous allez me dire, ça doit être facile quand même de prouver qu’on est là légalement? C’est mal connaître Zaza, qui dans sa grande charité chrétienne a inventé les règles rétroactives. Par exemple, vous êtes arrivé légalement il y a 35 ans et vous étiez encore un immigré tout à fait légal il y a peu, mais Zaza vous a bien eu. Vous auriez dû cotiser à une mutuelle de santé privée. Non ça n’était pas obligatoire mais maintenant si. Rétroactivement donc. Vous êtes coincés, allez hop dégagez. C’est une petite maligne Zaza, mais comment faire avec les windrush children, ceux arrivés avant 1971? C’est là qu’on peut admirer le génie créatif de Zaza. Grâce au hostile environment, après toute une vie en Grande Bretagne, c’est à eux de soudainement prouver qu’ils ont bien les droits qui leur ont pourtant été conférés par l’état. Et Zaza a pris la peine quand elle était ministre de l’intérieur, de faire détruire la base de données contenant leurs identités et dates d’arrivée. Voilà. Plus aucune trace légale. Il fallait y penser. On peut les priver de tout et les laisser crever ou les déporter tranquillement. Zaza a inventé le permis de résidence à vie qui ne l’est pas. Devant le scandale et les protestations des pays du Commonwealth, elle s’est excusée du bout des lèvres pour les windrush children, et a vaguement promis de trouver une solution, mais bon…on commence à la connaître!

C’est ubuesque et à vomir. Des gens de 70 ans ou plus, des gens malades qui ont cotisé toute leur vie se retrouvent perdus face à une machine implacable qui ne tourne que pour les broyer, eux et tous les indésirables nés ailleurs. Les comparaisons entre le sort des windrush children et ce qui attend les européens après mars 2019 ou 2020 me gênent beaucoup. Mais il faut bien admettre que les européens et leurs enfants vont eux aussi se retrouver à la merci de la même administration prête à tout pour les foutre dehors (elle a déjà commencé) , au même hostile environment (là aussi, ils le subissent déjà) et à la même Zaza. Ça fait peur.

Welcome to brexit Britain.