Le petit requin barbote dans l’eau


On est toujours en travaux. On est même de plus en plus en travaux et je ne vois pas du tout la cuisine venir. Après avoir tout cassé, y compris les murs, le sol et le plafond, les ouvriers reconstruisent péniblement. On en est au placoplâtre. Sur 3 murs sur 4. Les délais sont un lointain souvenir, on sera content d’avoir une cuisine d’ici un an à ce stade…ok je perds patience, mais on vit dans la poussière et on campe, et je déteste le camping. En plus, on ne peut pas dire que la maison du petit requin y mette du sien. On pourrait penser qu’elle aurait été contente qu’on la rénove, mais ça n’a pas l’air.

Le petit requin barbote dans l’eau

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Pour refaire la cuisine à un moment, il a bien fallu s’approcher de la plomberie préhistorique de la chose et couper l’eau. C’est là qu’on a rigolé. Il y a un gros robinet d’arrivée d’eau pour toute la maison à la cave. C’est très pittoresque, c’est une espèce de vieux machin qui doit pré dater la construction de la maison tellement il a l’air vénérable et massif, bien caché dans une niche entre les briques. C’est bien simple, pour un peu j’aurais presque appelé les monuments historiques pour qu’ils viennent l’admirer quand on a fini par tombé dessus par hasard. Sauf que non, il a plutôt fallu téléphoner à la régie des eaux, le robinet ayant largement dépassé l’âge de la retraite et donc refusant de fonctionner. En tout cas d’arrêter l’eau, l’entrepreneur a bien regardé. Glouglou.

Les gens de la régie des eaux sont rapides, ils étaient là en moins de 20 minutes après la description des faits, on a échappé à la noyade! Ils se sont extasiés sur le robinet défectueux. Des comme ça, ma bonne dame, on en fait plus. Oui ben, c’est pas plus mal vu qu’il ne marche pas. Ah oui, c’est embêtant. Sur ce, ils ont pris sur eux de quitter notre pataugeoire cave et il sont allés taper la causette avec l’entrepreneur polonais ch’ti au milieu de notre trou béant, chantier attardé, future cuisine. Glouglou. La seule chose qui restait de la pièce à ce moment là, c’était le radiateur. Cri d’admiration béate des types de la régie qui ont même demandé à le prendre en photo. J’ai cru qu’ils se fichaient de moi, mais ils avaient vraiment l’air enthousiaste. Des radiateurs comme ça, ils avaient bien entendu dire que ça existait, mais ils n’en avaient jamais vu en 25 ans de carrière. La bête est en fonte, on sent qu’il ne faut pas rigoler avec. Le radiateur est bien décidé à rester là même si la maison s’écroule autour. D’après les types en transe, il a dû être fait sur mesure parce qu’il est coudé à angle droit. Bon, désolée d’interrompre votre extase radiateuresque, mais le niveau de l’eau monte, vous comptez faire quoi pour le robinet dans la cave? Pas de soucis, il suffit de le remplacer. Il faut juste fermer la valve extérieure qui amène l’eau chez vous, c’est pas compliqué. On revient. Ok. Glouglou. Enfin bon, ils ont l’air rassurant, ça va le faire. Tiens, en attendant qu’ils reviennent, je vais aller fouiller dans les derniers cartons pour voir si je retrouve mes palmes et mon tuba, ça m’occupera. Glouglou.

Ils sont bien revenus pendant que la cave tentait sournoisement de se transformer en piscine olympique. Mais voila-t-il pas qu’ils ont perdu la valve, c’est ballot. Glouglou. Il va falloir la chercher et fermer la conduite d’eau. Vous voyez, celle qui alimente tout le village, ahaha. Et puis, comme on ne sait vraiment pas où elle est passée, cette valve, on va creuser un peu partout là devant, sur la route. Qu’il va falloir fermer aussi. Glouglou. Tout va bien, il n’y a rien de mieux pour sympathiser direct avec ses nouveaux voisins que de les priver d’eau et de bloquer l’accès à chez eux, non? Glouglou. En attendant, on barbote toujours dans la cave du petit requin. Et je n’ai toujours pas de cuisine. Enfin bref, les types de la régie sont encore revenus. Avec une pelleteuse cette fois. Glouglou. Quand je suis rentrée de l’école hier matin, un excité du labourage avait déjà éventré notre pelouse devant massacrant au passage plusieurs massifs sous l’oeil approbateur de trois de ses collègues occupés à ne rien faire. Faut pas rester là, ma bonne dame, si on défonce une canalisation, ça va gicler de partout. Pas de problème, ça fait plusieurs jours que je m’entraîne à pendre l’eau à la cave, glouglou. Devant le zèle destructeur de la pelleteuse, j’ai quand même opéré un repli stratégique à l’intérieur, où je me suis retrouvé nez à nez avec les électriciens que l’entrepreneur a fait venir pour qu’ils mettent les câbles pour l’îlot et le four. A la nage. Glouglou. C’est là que la pelleteuse a attaqué le trottoir, les électriciens ont foré les murs qui font un mètre de large, et l’ouvrier a achevé un bout de brique récalcitrant au marteau piqueur. Tout ça en même temps. Et dans l’eau. J’avoue, j’ai un léger moment de doute, d’un coup…Glouglou.

Enfin bon après avoir défoncé allègrement le trottoir et avant d’attaquer la route, les types de l’eau se sont rendu compte que la valve perdue était bêtement enfouie dans le seul coin du jardin devant encore intact. On va vite détruire tout ça, et ça ira. Et hop, le robinet de la cave est remplacé, l’inondation de tout le village évitée et les travaux de la cuisine peuvent reprendre. Youpidoo, je me sens un peu mieux. Je ne devrais pas. J’ai à peine eu le temps de dire au revoir aux types de l’eau, et de vérifier que les électriciens et leurs câbles sont toujours vivants dans le garage (je les avais rangés là, parce que c’était le moins humide) que l’entrepreneur hurle depuis la cave: Mââdam, grosse problèm! Soyons clairs, certes il est un chouïa stressant et pas particulièrement rapide, mais il est consciencieux et sympathique. Et il est hors de question qu’il se tue dans la cave avant d’avoir fini la cuisine. On a déjà assez de bazar comme ça dans la maison, on n’a pas besoin d’un noyé… Enfin bref, j’ai rappelé la régie des eaux. Je n’ai même plus besoin de me présenter, la standardiste me reconnaît direct maintenant. On est carrément pote. S’en est suivi un début de pugilat dans la cave entre le builder, le réparateur de robinet, les électriciens attirés par l’animation et des chutes d’eau à rendre jaloux le Niagara. J’en étais à songer à jeter un câble électrique dans mêlée (depuis mon poste d’observation en haut de l’escalier et au sec) pour calmer tout le monde quand le plombier a eu l’idée de resserrer un écrou. Et hop, l’eau s’est arrêtée. Les cris aussi, et tout va bien. Le marteau piqueur a pu reprendre son chant mélodieux, pour fêter ça.

On en est là. Toujours pas de cuisine, mais plus de piscine dans la cave non plus, et c’est un soulagement. Le petit requin se rebiffe encore et toujours, mais on progresse peu à peu…


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