Vienne - Les appartements de compositeurs

Publié le 08 décembre 2017 par Ailleurstoujours @TjsEtreAilleurs
Vienne est souvent présentée comme la capitale internationale de la musique... classique. Pendant des siècles elle accueillit ou vit naître de nombreux compositeurs et musiciens de renom et fut un terreau vivace de création. Cet héritage se retrouve toujours de nos jours, notamment par le biais des nombreux concerts et représentations (l'Opéra en tête ou encore le célèbre Concert du Nouvel An) qui ont lieu tout au long de l'année. Une autre manière d'appréhender cet héritage passe par les appartements de compositeurs : de célèbres noms ont fait de Vienne leur maison, le temps de quelques années ou de leur vie entière, et on peut ainsi partir sur leurs traces au sein de lieux qui les ont vu vivre. Mais que valent-ils ?

LES APPARTEMENTS "MUSÉES"


L'appartement de Mozart

C'est certainement l'appartement le plus visité de tous ceux de la liste : il n'y a qu'à voir les groupes de touristes qui se pressent pour comprendre que l'engouement pour Mozart, qui pourtant est natif de Salzbourg, n'est pas près de s'arrêter. Sa maison dans le 1er arrondissement, juste derrière la cathédrale Saint-Étienne, fut celle où il résida de 1784 à 1787, période durant laquelle il écrivit notamment Les Noces de Figaro. Elle est la seule de toutes ses multiples résidences viennoises (il déménagea plus de dix fois durant la dizaine d'années, les dernières de sa vie, qu'il passa à Vienne) à avoir survécu, la plus grande et la plus riche également.Le musée comporte trois étages : au troisième on découvre Vienne à l'époque de Mozart et des éléments de sa vie (par exemple son appartenance à l'ordre des francs-maçons ou ses dettes de jeu), au deuxième on s'intéresse plus à sa production musicale et ses relations avec d'autres compositeurs contemporains (Haydn et leur admiration réciproque, son compétiteur Salieri) et au premier étage, on visite son appartement, là où il résida, remeublé avec quelques éléments d'époque mais qui ne lui appartinrent pas. Le prix de l'entrée est assez cher (11 €) et il ne propose pas la gratuité le premier dimanche de chaque mois, même s'il est géré par le musée municipal. Dans le prix, un audioguide est proposé gratuitement et je vous conseille fortement de le prendre : la majorité des explications qu'il donne ne se retrouvent nulle part dans les différentes salles (seul le premier étage possède quelques cartouches explicatifs sur chacune des pièces) et sans lui, la visite est un peu légère, voire carrément inintéressante vu que vous passerez à côté de tous les éléments de contexte qui rendent la visite instructive. Les photos sont interdites dans les pièces. 
Du fait de la forte fréquentation du lieu, ce n'est pas forcément une visite de tout repos qui vous attend. Les pièces sont souvent vite bondées, notamment s'il y a un groupe (ou plusieurs) au même moment ; il peut être difficile de circuler ou d'accéder à certaines vitrines. J'ai regretté que tout passe majoritairement par l'audioguide et que les éléments exposés soient souvent de peu d'intérêt (car peu expliqués) : des portraits de contemporains, des partitions... Néanmoins la visite reste intéressante, surtout si vous ne connaissez pas grand-chose de Mozart, et couvre un vaste pan de sa vie, aussi bien professionnel que personnel. Comptez minimum une heure de visite pour écouter tranquillement toutes les explications de l'audioguide.
MozartwohnungDomgasse 51010 VienneTous les jours de 10 h à 19 h.Entrée : 11 € / Billet combiné avec le Dom Museum : 14 €

L'appartement de Haydn

Située dans le 6e arrondissement, non loin de la très animée Mariahilferstrasse, il est difficile de s'imaginer qu'à l'époque d'Haydn (au tournant du XIXe siècle), sa maison se trouvait au milieu de la campagne, entourée de champs, et que ses voisins faisaient pousser toutes sortes de fruits et légumes dans les alentours. La petite cour à l'arrière est très tranquille et offre un tout autre visage de ce quartier résidentiel où la végétation se fait rare, donnant l'impression pour un temps de se retrouver loin de la capitale, à nouveau. La maison se visite sur deux étages et aborde de nombreux sujets : on y traite de l'état de la carrière de Haydn au moment où il emménagea dans cette maison et les douze dernières années de sa vie, qu'il passa dans cet endroit, le portrait du quartier de son vivant et les changements jusqu'à maintenant, sa manière de travailler, sa journée type, ses relations avec ses domestiques et sa femme, ses influences et de manière plus générale la société à son époque... La visite est très riche, très variée dans son approche, de nombreux objets viennent enrichir l'expérience et on développe rapidement un réel intérêt pour le personnage. J'estime qu'un musée remplit son office quand l'on ressort satisfait d'avoir appris plein de choses sur un sujet qui ne nous passionnait pas forcément à la base et là, je dois dire que le contrat est pleinement rempli : c'est certainement l'une des visites qui m'a le plus passionnée et j'ai beaucoup apprécié découvrir les dernières années de la vie de ce compositeur, peut-être parmi les moins connus de ceux présentés dans cet article.Le musée possède également une pièce dédiée à Johannes Brahms : l'homme n'a jamais vécu ici, il n'a même jamais connu Haydn (étant né plus de vingt ans après sa mort) mais était un grand admirateur du compositeur et a beaucoup œuvré à faire vivre son héritage. De plus, son appartement dans la Karlsgasse n'existant plus, cela permet de lui offrir un lieu de mémoire à Vienne. 
Haydn HausHaydngasse 191060 VienneDu mardi au dimanche : 10 h - 13 h ; 14 h - 18 h
Ticket : 5 €. Gratuit le premier dimanche de chaque mois.
Accès : métro U3 (arrêt Zieglergasse)



Musée Beethoven

Après plusieurs mois de travaux, la maison de Beethoven dans le quartier de Heiligenstadt vient de rouvrir ses portes : désormais, c'est un vrai musée qui prend place ici et permet une approche beaucoup plus fournie de la vie et du travail de Beethoven à Vienne, et pas uniquement associé à cette résidence en particulier, où le compositeur ne passa qu'un été, celui de l'année 1802. À cette époque, Heiligenstadt était un village vinicole indépendant de Vienne, renommé notamment pour ses bains, et c'est ici que Beethoven chercha quelque remède à ses problèmes de surdité grandissants. Situé dans la bucolique Probusgasse, on a l'impression de faire un bond dans le temps, avec les nombreuses tavernes alentour, les pavés au sol... on se croirait presque à l'époque de Beethoven ! La maison est arrangée autour d'une cour centrale et un petit jardin à l'arrière vient compléter le lieu. Les différentes pièces de visite sont réparties dans les quatre ailes du bâtiment.Six pièces thématiques permettent de découvrir le compositeur à travers de nombreuses facettes de sa vie, aussi bien personnelles que professionnelles : son arrivée à Vienne, sa manière de composer, ses relations avec ses contemporains et ses mécènes, ses problèmes de santé... On y apprend aussi quelques détails parfaitement triviaux mais qui permettent de l'humaniser, comme le fait qu'il utilisait très exactement soixante grains de café pour chaque tasse qu'il buvait et qu'il comptait soi-même. Chaque thématique se décline au fil de plusieurs pièces, chacune remplie de nombreux objets et documents, tout remis en contexte ou accompagné de mots de Beethoven lui-même, puisés dans sa riche correspondance. Le musée possède également un côté interactif qui brise la monotonie (et l'extrême densité) des cartouches à lire, par exemple une installation qui permet de se rendre compte de la surdité du compositeur. En somme une exposition très complète et intéressante !Musée BeethovenProbusgasse 61190 VienneDu mardi au dimanche : 10 h - 13 h ; 14 h - 18 h
Ticket : 7 €. Gratuit le premier dimanche de chaque mois.
Accès : bus 38A (arrêt Armbrustergasse ou Fernsprechamt Heiligenstadt)

LES APPARTEMENTS "POUR LES FANS"


J'aurais pu les appeler "les coquilles vides" mais c'est un peu dur : disons que les lieux ne sont pas sans intérêt mais que la muséographie est, à mon sens, à revoir. Les appartements contiennent très peu d'explications et tout ce qui est exposé n'est pas remis en contexte. On voit beaucoup de documents illustratifs (portraits, lithographies...) sans que l'on sache vraiment à quoi cela correspond ou plutôt pourquoi le choix de les montrer est fait, ou quels étaient les liens de ces personnes avec le compositeur. Je trouve le prix d'entrée assez cher pour l'intérêt (bien souvent il n'y a pas matière à rester plus d'un quart d'heure, surtout si vous ne maîtrisez pas l'allemand pour lire les deux ou trois cartouches un peu plus étoffés). Ces lieux sont donc à réserver aux fans des compositeurs qui souhaitent découvrir où ces hommes ont vécu plutôt qu'en apprendre plus sur leur vie ou leur œuvre.

La Pasqualatihaus de Beethoven

Situé sur la colline face à l'université, vestige des anciennes fortifications, au dernier étage d'un bâtiment accessible sans ascenseur, la Pasqualatihaus est nommée ainsi en hommage à son propriétaire le baron Pasqualati, l'un des mécènes du compositeur. Ici, Beethoven travailla sur plusieurs symphonies et notamment sur son opéra Fidelio. Quelques objets lui ayant appartenu sont exposés (une horloge, ce piano ou plutôt son ancêtre...) mais comme dit plus haut, les explications sont plutôt chiches, si ce n'est le panneau introductif à l'entrée de la première salle, et les pièces passables vides. Deux stations audio permettent d'écouter quelques morceaux. Finalement, le plus intéressant est l'appartement en lui-même, avec sa cage d'escalier donnant sur une cour intérieure et surtout sa vue sur le Ring.
À noter que le lieu est en cours de réaménagement : espérons que cela implique des explications un peu plus fournies !La vue depuis l'une des fenêtres.
Beethoven Pasqualatihaus
Mölker Bastei 8
1010 Vienne
Du mardi au dimanche : 10 h - 13 h ; 14 h - 18 h
Ticket : 5 €. Gratuit le premier dimanche de chaque mois.
Accès : métro U2, divers tram (arrêt Schottentor)



La Eroicahaus de Beethoven

Beethoven changeait fréquemment de lieu de résidence, notamment l'été où il s'échappait de la ville pour trouver la tranquillité dans les bourgades alentour. C'est ainsi qu'en 1803 (possiblement) et en 1804 (pour sûr), il résida durant la période estivale à Döbling, désormais le 19e arrondissement de Vienne. Beethoven n'aurait apparemment jamais résidé dans la Eroicahaus que l'on peut visiter, du nom de la 3e symphonie – dédiée à Napoléon Bonaparte – sur laquelle il travailla alors qu'il séjournait ici mais cela donne une idée de ce à quoi un appartement de ce type à l'époque pouvait ressembler. À l'intérieur, on découvrira donc des vues très bucoliques de Döbling au XIXe siècle, une carte de la ville en 1800 (j'adore voir les évolutions au fil des siècles) et bien sûr quelques éléments rappelant Napoléon. La cour devant la maison est très mignonne, très tranquille, avec un joli lampadaire. Attention, cet appartement n'est ouvert au public que sur demande, après contact auprès du musée municipal de Vienne.EroicahausDöblinger Hauptstraße 921190 VienneOuvert uniquement sur demande.Ticket : 5 €Accès : tram 37 (arrêt Pokornygasse), bus 10A et 39A (arrêt Barawitzkagasse)

L'appartement de Strauss

Situé sur Praterstrasse, cet appartement de Strauss est célèbre car c'est ici qu'il composa le fameux Beau Danube bleu, valse mondialement connue et l'hymne officieux de l'Autriche. Le compositeur résida sept années dans cet appartement plutôt cossu. Les différentes pièces nous permettent de découvrir la vie, aussi bien professionnelle qu'intime, du compositeur, ainsi qu'un regard sur son époque. Dans une pièce, des caricatures de Strauss sont présentées ; dans une autre, la plus grande, tapissée de verte, meubles, instruments et robe de bal tentent de recréer l'atmosphère de son étude ; on peut aussi découvrir des invitations à des bals, des partitions et des lithographies des autres résidences du compositeur du Vienne. Des stations audio permettent d'écouter quelques morceaux célèbres. Comptez environ une demi-heure pour la visite.Johann Strauss Wohnung
Praterstraße 54
1020 Vienne
Du mardi au dimanche : 10 h - 13 h ; 14 h - 18 h
Ticket : 5 €. Gratuit le premier dimanche de chaque mois.
Accès : métro U1 (arrêt Nestroyplatz)

L'appartement de naissance de Schubert

Avec Strauss, Franz Schubert est le deuxième compositeur de renom à être né à Vienne... Enfin, pas tout à fait, car à l'époque, sa maison désormais située dans le 9e arrondissement faisait partie des faubourgs de la ville. Dans une avenue assez austère, on ne croirait pas trouver cet endroit bucolique : avec une cour intérieure bordée de galeries en étage, le lieu ne manque certainement pas de charme ! L'appartement qui le vit naître et où le compositeur passa les quatre premières années de sa vie se situe au premier étage. Le principe est ici le même : des portraits, des documents retraçant sa carrière, des objets lui ayant appartenu (dont sa célèbre paire de lunettes) et une station avec quelques morceaux en écoute mais encore une fois, si ce n'est le cartouche à l'entrée remettant brièvement en contexte l'appartement et sa vie dans celui-ci, vous n'apprendrez pas grand-chose d'autre sur Schubert.Schubert GeburtshausNußdorfer Straße 541090 VienneDu mardi au dimanche : 10 h - 13 h ; 14 h - 18 h
Ticket : 5 €. Gratuit le premier dimanche de chaque mois.
Accès : tram 37 et 38 (arrêt Canisiusgasse)



L'appartement où mourut Schubert

C'est à deux pas du Naschmarkt, dans un petit appartement (qui appartenait à son frère Ferdinand) d'un immeuble Biedermeier, que Schubert mourut à l'âge précoce de 31 ans (cela laisse songeur sur tout ce qu'auraient pu produire d'autre ces grands compositeurs morts si jeunes). Je ne vous refais pas le topo à chaque fois, le principe est le même : ici trois pièces couvrent sommairement les dernières semaines de la vie de Schubert. Pour poursuivre le pèlerinage, pourquoi ne pas faire un saut à l'église de Margareten toute proche, où le corps du compositeur fut amené pour la bénédiction : une plaque commémore cet événement.Schubert SterbewohnungKettenbrückengasse 61040 VienneMercredi et jeudi : 10 h - 13 h ; 14 h - 18 hTicket : 5 €.
Accès : métro U4 (arrêt Kettenbrückengasse) ou bus 59A (arrêt Preßgasse)



BONUS : LE MUSÉE STRAUSS


Ce musée ne se tient pas dans un appartement où aurait vécu un membre de la famille Strauss mais je tenais quand même à l'intégrer dans cet article de par son intérêt indéniable et le manque de publicité qui fait que le lieu est malheureusement trop peu connu. Consacré à la dynastie Strauss (comprenez par là le Johann Strauss père et ses trois fils, Johann, Josef et Eduard), il s'intéresse à leur héritage en matière de valse et de manière plus globale permet une meilleure compréhension de leur travail et de leur époque. Le musée est découpé en quatorze thématiques et chacune est organisée de la même manière : une remise en contexte plutôt fournie qui illustre le sujet (contexte de l'époque,  faits biographiques marquants, informations sur les morceaux composés à cette période...), de nombreux documents (portraits, partitions...) accompagnés d'explications et une station audio qui permet d'écouter certains des morceaux cités. Un livret avec notamment une traduction en français permet de ne pas manquer une miette de la somme d'informations fournies (tout est vraiment traduit, on n'a pas uniquement le droit à une version abrégée dans la traduction). Le musée est vraiment dense : moi qui pensais y rester une petite heure, je me suis retrouvée à me passionner pour le destin de ces hommes et j'y suis finalement restée trois bonnes heures, me laissant à peine le temps de tout lire, écoutant à chaque fois uniquement les une ou deux premières minutes de chaque morceau.Avec son approche détaillée, le musée n'évite parfois pas quelques redondances mais c'est quelque chose que l'on pardonne volontiers vu l'extensivité des sujets abordés. Un m'a particulièrement marquée et étonnée : avec les centaines de valses, polkas et autres marches composées durant leur prolifique carrière (pour la seule année 1864, ils en écrivirent à eux trois... 44 !), il fallait bien que les frères Strauss trouvent leur inspiration quelque part. Si on ne s'étonnera pas que la famille Habsbourg fût une source de création importante (devenir directeur des bals de la cour, tout comme son père, fut une ambition affichée de Johan Strauss fils qu'il poursuivit de nombreuses années avant qu'il ne soit enfin récompensé par le titre en 1863), on sera par contre plus surpris que les progrès industriels (chemin de fer, téléphone, morse...) ou encore les travaux d'urbanisme du Ring leur aient inspiré de nombreux morceaux aux noms imagés, comme Explosions-Polka ou Demolirer-Polka. Quelques informations complémentaires s'intéressent à un autre précurseur des valses viennoises, Josef Lanner (contemporain de Strauss père) ou encore les autres compositeurs marquants de l'époque. Si vous souhaitez découvrir l'héritage des Strauss ou simplement en apprendre un peu plus sur cette riche période de l'histoire viennoise ou les valses, c'est vraiment l'endroit à ne manquer sous aucun prétexte.Musée StraussMüllnergasse 31090 VienneMercredi-samedi : 14 h - 18 h ; dimanche : 10 h - 13 hTicket : 7 €.Accès : tram D (arrêt Schlickgasse)