Refrenchization


Je ne suis pas sûre que mon titre soit un mot qui existe (ça m’étonnerait même beaucoup)…mais l’avantage de l’anglais, c’est qu’on peut facilement inventer des mots sans que ça ne fasse un scandale. Refrenchization, ça ne sonne pas si mal que ça. Alors que la refrancisation, ça fait bizarre. Pourtant, on est en plein dedans. Pour préparer au mieux notre expatriation (je refuse de dire retour) en France, quelqu’en soit la date, on commence déjà des démarches administratives, on rencontre des gens, on telephone, on écrit…et ça pose problème. Certes, l’efficacité relative, l’indisponibilité chronique et l’amabilité hargneuse des fonctionnaires de l’ambassade, la logique hasardeuse et l’imbécilité totale des démarches consulaires nous ont bien entraînés à affronter n’importe quelle administration française, ahaha, même pas peur. Mais le franglais passe à l’ambassade, pas au fin fond du nord de la France, c’est gênant. Refrenchizationsource

Déjà, je rappelle qu’on n’a jamais eu de vraie vie adulte en France, on est parti juste après nos études (j’ai bossé en tout et pour tout 3 mois en France avant qu’on nous envoie à Dublin). Mais on a déjà changé de pays, on sait que dans ces cas là, les formalités sont différentes, ce n’est pas un souci. Non, le problème c’est la langue. Tous nos interlocuteurs s’attendent à ce qu’on maitrise. C’est raté. Marichéri de son propre aveu, n’arrive plus du tout à écrire en français. Moi non plus. Vous allez me dire, je le fais tous les jours ici. Ben oui, mais je ne me vois pas demander un rendez vous chez le notaire en précisant qu’il commence un chouïa à m’énerver avec ses airs de girafe constipée, ça ne va pas le faire. Alors qu’écrire un courrier plus ou moins officiel en anglais, je maîtrise. On s’y met à deux. On se prend la tête pendant trente ans, mais bon sang, comment on dit déjà en français? Et c’est quoi la formule de politesse pour ça? Rhaaa…quand on croit qu’on a rédigé une lettre parfaite, on se rend compte qu’on a juste traduit littéralement ce qu’on aurait mis en anglais et que ça ne fait pas de sens. On ne sait pas doser entre langage familier, voire très familier et formules pompeuses. Je crois que je passe pour une affreuse snob voire une folle alambiquée auprès d’une école qu’on voulait visiter parce que je n’ai pas réussi à leur expliquer simplement qu’on voulait un autre horaire de rendez vous, alors qu’en anglais, c’était très clair dans ma tête. J’étais mortified tiens…

À l’oral, c’est pire. Les seules personnes que je vouvoie depuis 21 ans sont mes beaux parents. Si je dis vous à l’employé de mairie mais que je l’appelle comme la maman de Maricheri, ça va le contrarié, non? Je ne peux même pas ressortir mes cours, je rappelle que j’enseignais le français en primaire. Comment voulez-vous que je case Marie a 6 ans, Tom est dans la cuisine, la pomme est rouge? Tout nous vient spontanément en anglais. On est incapable de faire du small talk en français avec des inconnus. La preuve, je ne sais même pas comment traduire small talk. Et on ne sait pas du tout quand il faut faire du small talk ou pas. C’est ridicule. Ça passe si je dis à la directrice de l’agence bancaire que j’adore ses lunettes pendant qu’elle nous explique les modalités pour ouvrir un compte joint? Déjà que je me suis fait remarquer à l’agence immobilière avec mes docs à fleurs…on est des inadaptés sociaux en francophonie. Je ne parle même pas des gens qu’on croise dans la rue…il faut leur dire bonjour ou pas? Parler la météo? Les ignorer? Comment on dit it’s a bit chilly? Est-ce qu’on doit seulement le dire? Évidement, on a connu les mêmes interrogations en arrivant en Irlande puis en Angleterre. Mais c’était normal, on était étranger. En France, on a aucune excuse. En tout cas accent expliquant nos maladresses de communications.

Heureusement, la socialisation n’est qu’un aspect de notre refrancisation. Certes, nos enfants poussent des cris de joie devant les rayons des supermarchés qui surprennent tous les clients, et on hésite à raconter notre vie à la boulangère. Mais on maîtrise assez le côté gastronomique des opérations. On a quand même des restes. Des restes de français courant je veux dire, parce qu’on a fini les éclairs au chocolat en rentrant.


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