Vienne - Ouverture de deux nouveaux musées

Publié le 31 octobre 2017 par Ailleurstoujours @TjsEtreAilleurs
Les musées à Vienne se comptent par dizaines. Ils vont du petit musée de quartier aux galeries de renommée internationale, couvrent tous les sujets, tous les domaines, des plus originaux au plus avant-gardiste, mélangeant art, arts appliqués, technique... C'est parfois difficile de savoir lequel prioriser tant la ville regorge de pépites. En octobre, l'offre s'est enrichie de deux nouveaux endroits, qui vont vite devenir incontournables : le Weltmuseum et le Dom Museum.

Weltmuseum

Après trois ans de travaux, le Welt Museum Wien a rouvert en fanfare le 25 octobre. Installé dans une aile de la Neue Burg, juste à côté du Kunsthistorisches Museum, le musée d'ethnologie propose un décor tout à fait élégant : marbre (ou faux marbre ?) du sol au plafond, cour intérieure desservie par des galeries, une verrière qui apporte énormément de luminosité... Le cadre est somptueux mais sobre. Point d'explosion de couleurs comme son voisin le KHM, on est ici dans la retenue chic. L'écrin est réussi, quid du contenu ?Le musée d'ethnologie prend place au rez-de-chaussée, où se déroulent les expositions temporaires, et au premier étage. Là, quatorze galeries présentent les collections permanentes tandis que d'autres expos temporaires s'intercalent dans certains espaces dédiés. Ce qui frappe dès la première pièce que l'on visite, quelle qu'elle soit, c'est l'extrême richesse de ce qui est proposé. On est assailli d'objets aussi fabuleux qu'intrigants, chaque vitrine regorge d'explications, de détails, chaque objet est remis en contexte, décrit, décortiqué... Il y a même parfois du texte sur les vitrines, des citations, des éléments de contexte plus globaux... On est assailli d'informations et cela peut vite donner le tournis. Dans cette situation, il y a deux écoles : papillonner de galerie en galerie, s'arrêter devant les objets qui nous interpellent et découvrir leur histoire. Ou décider d'explorer une pièce dans le détail, voire deux ou trois si vraiment vous vous en sentez le courage, et s'immerger dans une culture particulière. Mais si vous pensez qu'en une visite vous aurez vu tout ce que le musée a à offrir : à mon avis, c'est peine perdue !   Choc des cultures : sculptures venant du Bénin (XVe siècle) contre un "arbre de marché" provenant du Mexique (XXe siècle).Motifs japonais, l'une des influences directes des artistes de la Sécession.Au fil des quatorze galeries, le musée nous invite à un voyage autour du monde et dans le temps. Chaque salle s'intéresse à une région, une époque ou un contexte bien particulier. Il est bien souvent question des liens de l'Autriche avec tous ces endroits évoqués et comment ils entrent en résonance avec son histoire : c'est par exemple le cas dans la salle consacrée à l'Océanie, qui s'intéresse particulièrement aux expéditions successives qui résultèrent en plusieurs vagues migratoires. L'une des forces du musée est justement de ne pas cacher le passé colonialiste des Européens, ni la triste réalité de comment ces objets ont en grande partie été collectés. Ce sont d'ailleurs des questions qui sont traitées sans fard dans l'une des salles les plus intéressantes du musée, de par cet angle ouvertement politique."Écran" se trouvant autrefois à l'arrière d'un trône chinois...... pour mieux apprécier les détails sculptés et leur signification, un écran interactif permet de zoomer sur certaines parties. Ce côté ludique et participatif se retrouve dans toutes les salles.Au milieu d'objets ayant pour certains plusieurs millénaires, le musée comporte également des installations plus modernes et de nombreuses vidéos projetées.Une reconstitution d'une résidence de Daimyō de la période Edo :  l'une des pièces maîtresses de l'exposition internationale de 1873.L'une des salles les plus denses concerne la "collectivite aiguë" (très joliment appelée "muséomanie", des mots mêmes de Franz Ferdinand) de trois archiducs habsbourgeois au XIXe siècle, qui chacun entreprirent de nombreux voyages autour du monde... et qui chacun connurent un sort funeste : l'Empereur Maximilien du Mexique (qui vécut à Trieste), le prince Rudolf et l'archiduc Franz Ferdinand qui décide de fonder l'un des plus grands musées de Vienne, ici même dans la Neue Burg, pour exposer ce qu'il a collecté durant ses voyages (plus de 14 000 objets tout de même). Cette grande salle retrace les voyages de ces trois hommes.Bon plan : avec votre ticket d'accès au Weltmuseum, vous avez également la possibilité de visiter l'armurerie impériale, le musée des instruments de musique anciens et le musée d'Éphèse (ces deux derniers sont pour le moment fermés pour travaux et rouvriront à l'été 2018). Pour l'armurerie malheureusement, les explications sont uniquement en allemand.
WeltmuseumHeldenplatz1010 VienneTicket : 12 €Lundi-dimanche : 10 h -18 h, vendredi jusqu'à 21 h. Fermé le mercredi.

Dom Museum

Changement radical d'ambiance avec cet autre musée, rouvert au début du mois d'octobre, après quatre ans de travaux : le Dom Museum a pour mission d'exposer, entre autres, les trésors de la cathédrale Saint-Étienne, dont il est d'ailleurs situé juste à côté. La collection permanente est divisée en cinq salles, liées chacune à un thème : célébration, vénération, vie et mort... Évidemment, on est ici en présence d'un musée qui s'intéresse avant tout à la religion catholique et au sacré. Mais même les non-croyants ou les non-catholiques y trouveront leur compte et pourront découvrir des objets d'une incroyable beauté ou d'une immense rareté, comme la Vierge ouvrante ci-dessus, dont il n'existe plus que soixante-cinq exemplaires dans le monde alors que c'était une représentation très populaire au XVIe siècle. Certains sont également assez... particuliers, comme ce reliquaire contenant le bassin de saint Léopold, au demeurant une véritable chef-d'œuvre à la gloire des Habsbourg. L'art religieux n'est franchement pas ma tasse de thé, et j'avoue n'être allée visiter ce musée que dans l'objectif de cet article : mais j'ai été positivement surprise par les collections, leur histoire et l'angle de traitement, et je suis finalement bien contente d'avoir mis de côté mes préjugés.    Deux superbes ostensoirs : celui de gauche date de 1918 et possède quelques éléments art nouveau. Il provient de la superbe église Saint-François d'Assise : il faut vraiment que j'aille la visiter !Un incunable datant du IXe siècle ! On ne le croirait pas vieux de plus de mille ans...Détail doré au plafond de l'une des salles.Ce tableau de Rudolph IV, le fondateur de la cathédrale Saint-Étienne, est considéré comme l'un des tout premiers portraits !   On trouve également quelques objets dont la fonction première n'est pas forcément religieuse, comme cette bouteille en verre provenant de Syrie et datant du XIIIe siècle.Au-delà de la collection permanente, le musée propose aussi un focus beaucoup plus contemporain, à la fois par le biais d'expositions temporaires, comme actuellement celle consacrée aux liens entre les images et le langage, ou la collection Otto Mauer : ce prêtre était également une figure majeure de la scène artistique viennoise post-Seconde Guerre mondiale et a œuvré pour que l'Église soit plus ouverte à l'art moderne. Ses collections personnelles, plus de 3 000 œuvres, ont rejoint celles du Dom Museum après sa mort et quelques-unes sont exposées. L'axe religieux est donc toujours présent mais de manière moins "premier degré". Manuscrit de l'Antéchrist : ce livre datant du XVe siècle serait-il le premier comics de l'histoire ? En tout cas sa présentation rappelle nos BD d'aujourd'hui.Une partie de la collection Otto Mauer.Et dans le lot on retrouve... un croquis de Gustav Klimt. Il est vraiment partout !Des sérigraphies de l'artiste américaine Corita Kent, un membre imminent du mouvement pop art... qui fut nonne pendant une grande partie de sa vie.Pour profiter de la visite, des petits livrets sont accessibles au début des collections, en anglais et en allemand, qui détaillent certains objets particulièrement intéressants. Il est possible ensuite de les emporter avec soi. Il est également possible de télécharger une app pour découvrir les collections ou louer un audioguide pour avoir des explications sur une plus grande partie des objets présentés.
Dom Museum
Stephansplatz 6
1010 Vienne
Ticket : 8 €
Mercredi au dimanche : 10 h - 18 h, jeudi jusqu'à 20 h.