Faire son deuil, au rythme des marées

Jeudi dernier, ma fille célébrait ses trois ans. À première vue, la date d’un anniversaire laisse présumer la présence de ballons, de gâteaux, de cadeaux, de chants et de rires, mais c’est malheureusement un peu plus complexe pour moi.

Si vous suivez mon blogue depuis un certain temps, vous n’êtes pas sans savoir que ma fille est une grande prématurée et que sa naissance fut particulièrement traumatisante pour moi. C’est d’ailleurs cette épreuve qui a suscité la création de ce blogue, quelques mois plus tard. Chaque année, je redoute cet anniversaire, qui est chargé de souvenirs et d’émotions contradictoires. Je cherche alors à déserter mon quotidien pour me sentir mieux, tout en évitant de me replonger dans des souvenirs douloureux. Pour célébrer le premier anniversaire de mon « bébé miracle », en 2015, je me suis donc envolée vers Las Vegas, avec elle et son papa. L’an dernier, alors que ma petite merveille fêtait ses deux ans, nous sommes partis en famille pour un séjour à Portland. Lors de ces deux voyages, je me suis étourdie au maximum, en multipliant les expériences nouvelles. Je souhaitais passer du bon temps en famille, bien sûr, mais je voulais surtout m’éloigner des lieux qui me rappellent cette journée particulièrement éprouvante, de peur que mes plaies s’ouvrent à nouveau, sachant que mes cicatrices étaient sont encore fragiles…

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Au fond de mon cœur, je croyais que cette année serait différente et que je vivrais ce troisième anniversaire avec plus de sérénité et de détachement. Après tout, ma fille ne garde pas de séquelle de sa naissance prématurée. C’est une petite fille vive d’esprit et rayonnante, qui mord dans la vie à pleines dents. Après trois ans, n’est-ce pas le temps de me centrer sur le positif de cette expérience? (Cette phrase, croyez-moi, on me la lance souvent comme on jette une bouée à la mer…)

C’est ce que je pensais, jusqu’à ce que je me lève en cette journée du 5 octobre. Ma fille était belle comme jamais, elle arborait un sourire magnifique, excitée comme une puce à l’idée de fêter ses trois ans avec ses amis de la garderie. J’ai préparé fait préparer son gâteau sur le thème des pouliches, j’ai emballé ses cadeaux et les surprises destinées à ses amis, je l’ai habillée de sa plus belle robe pour qu’elle se sente comme une princesse, j’ai coiffé ses magnifiques cheveux d’or et je l’ai regardée quitter la maison avec son papa, joyeuse et fière, tirant derrière elle un bouquet de ballons colorés.

Faire son deuil, au rythme des marées

Au moment où elle franchissait la porte de la maison, j’ai senti cet écrasant sentiment de culpabilité s’abattre sur moi, me rappelant que j’aurais peut-être pu nous épargner cette naissance traumatisante à tous, à elle surtout, en étant une femme enceinte plus zen qui travaille moins. J’ai replongé dans ces premières minutes, à la suite de sa naissance, où j’aurais préféré ne jamais la porter en moi, parce que je ne me sentais pas prête à affronter cette épreuve. J’ai repensé à sa longue hospitalisation, pendant laquelle je restais à son chevet à la contempler dans son incubateur, la peur au ventre, tout en me sentant terriblement coupable d’être absente de la vie de mes deux garçons qui avaient, eux aussi, besoin de moi. Bref, j’ai beaucoup pleuré, triste de constater que le temps n’atténuait malheureusement pas ma douleur ou, du moins, pas autant que je le souhaiterais…

Heureusement, nous avions déjà prévu un week-end au loin pour ce congé prolongé de l’Action de grâce. Cette fois, pas d’agitation urbaine ni grosse dose d’adrénaline, mais plutôt un séjour calme et reposant au Québec, entre les régions de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent. C’est donc au rythme des marées que je me suis ressourcée, entourée de ma famille. Nous avons fait de longues promenades, à pied et à vélo, au bord du fleuve Saint-Laurent, tout en profitant des couleurs automnales. J’ai admiré ma fille pendant qu’elle jouait avec ses frères, pleine de confiance envers le monde qui l’entoure. J’ai été émue de la voir courir dans les sentiers des Jardins de Métis, enjouée qu’elle était de sentir l’odeur des fleurs et de sautiller dans les feuilles mortes. J’ai versé quelques larmes, profondément émue de l’entendre chanter sans relâche, avec la spontanéité et la candeur qui la caractérisent. J’ai éclaté de rire en la regardant sympathiser avec un personnage du « Grand Rassemblement », une œuvre d’art-nature qui regroupe plus de 80 sculptures qui sortent des eaux du fleuve Saint-Laurent.

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Tout au long de ce séjour, c’est au rythme des marées que j’ai eu l’impression de tourner une page importante de notre histoire, de mieux l’accepter. Les raisons de cette naissance prématurée demeureront sans doute mystérieuses pour moi malgré le temps qui passe, un caprice de la nature difficile à expliquer. Bien que prévisible, tout comme le mouvement de la mer et de ses marées, cet anniversaire restera un rendez-vous suscitant un mélange de joie et de tristesse. Avec le temps, j’espère mieux gérer mes émotions à marée haute, sans avoir l’impression de me noyer ou de prendre le large en m’égarant dans de vieux chagrins. Chose certaine, je n’ai plus peur pour ma fille et pour son avenir. Je pensais qu’elle était fragile, mais c’est la personne la plus forte que je connaisse. Elle reste imperturbable dans les épreuves, tout comme les silhouettes en béton de Marcel Gagnon, qui trônent fièrement dans la mer, malgré l’agitation des vagues qui viennent à leur rencontre… Pour tous ceux qu’elle croise, elle incarne la vie et l’espoir.

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