Ces portugais d'ailleurs (2)

Publié le 12 janvier 2017 par Jenny_myglobestory @jenny_myglobestory

Cher lecteur, 
On a fini l'année 2016 sur l'histoire d'un portugais installé hors du Portugal, et on commencera 2017 de la même façon ! D'ailleurs, je te souhaite une excellente année 2017, que tu sois au Portugal ou ailleurs, que tu sois portugais ou autre nationalité, que tu aimes le Portugal ou que tu sois juste curieux... 
Cette fois, c'est au tour de Deolinda, une portugaise installée en France depuis bien longtemps, de nous raconter son histoire avec le Portugal et son départ de là-bas. 

Bonjour, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je me prénomme Deolinda, patronyme Calado ("qui ne parle pas" en portugais), née à Lisbonne un mois d'été en 1961, fille d'immigrés de la vague 60/70. 

Dans quelles circonstances as-tu quitté le Portugal ?

Papa, très jeune, quitte l'Alentejo, sa région natale, pour monter à Lisbonne afin d'y trouver du travail. Lorsqu'il fût appelé sous les drapeaux, il déserta, ne voulant pas partir pour la guerre coloniale en Angola. Il prit la décision de quitter le pays en laissant femme et enfant. Immigration clandestine avec un passeur... Il traverse une partie des Pyrénées à pied pour fuir la dictature salazariste et bien sûr trouver un travail et une vie meilleure... Mais il connaît les baraques dans la banlieue de Paris. 
Quant à moi, arrivée plus tard avec maman et mon petit frère en banlieue parisienne. J'avais 10 ans, niveau d'études "quarta classe" , soit le certificat d'études français de l'époque. J'intègre un CM2 et finis l'année première de ma classe. 

L'intégration s'est-elle bien déroulée ? Ce changement de vie a-t-il été une expérience traumatisante ? 

Pas timide et avide d'apprendre et de connaître cette nouvelle langue que je baragouinais uniquement, je m'épanouis dans une double scolarité française / portugaise plutôt réussie. 
J'étais fière et contente de ce changement, c'était l'eldorado pour nous, jeunes enfants, malgré une enfance très modeste mais très heureuse. Nous nous sommes vite intégrés !

Qu'en est-il de ta vie d'aujourd'hui ? 

J'ai la double nationalité. Mariée et divorcée d'un français. 
Je suis institutrice vacataire et professeure de portugais. J'ai aussi travaillé plus de 20 ans dans le privé en gestion du personnel RH. Ayant suivi mon époux militaire en Afrique, j'ai participé à la réinsertion des enfants de la rue et enseigné dans une école catholique française. Aujourd'hui, je me sens plus française que portugaise. 

Ressens-tu un manque du Portugal ? 

Je me rends compte qu'en vieillissant, le besoin et l'envie de retour aux sources est grandissant. J'envisage même de m'y installer pour ma retraite. Cette double culture est pour moi une richesse et une ouverture aux autres. 
Quant à mes parents qui ont gardé leur nationalité portugaise et qui pensaient venir juste le temps d'améliorer leur vie dans l'espoir d'un retour, sont aujourd'hui retraités et vivent toujours en France, leur deuxième patrie. D'ailleurs, ils disent : "Nous sommes devenus étrangers au Portugal!" 

Merci à Deolinda pour ce partage ! Et je lui dois également un merci tout particulier, car alors que ce blog venait à peine de voir le jour, et n'était donc qu'à peine référencé sur la toile, mes écrits sur son pays natal ne sont pas passés inaperçus auprès de son âme portugaise. Puis elle en a parlé autour d'elle, l'a partagé (ainsi que mes blogs sur le Brésil qui étaient toujours en ligne à l'époque) et en quelques jours, je commençais à recevoir de nombreux messages... Deolinda a ainsi été la première à grandement contribuer au développement de ce blog qui me tient à coeur d'actualiser même si je ne vis plus au Portugal aujourd'hui !

Tu es né(e) au Portugal, ou tes parents sont portugais, et tu as envie de partager ton ressenti vis-à-vis du Portugal ? Contacte moi vite !