Thursday Thunder: brexit diary #8

Publié le 17 août 2017 par Pomdepin @pom2pin

Attention, ce n’est plus de la colère, c’est de la rage. Mais aussi de l’effroi, de la panique glaçante. Une semaine qu’on est revenu en brexitland et je suis au bord de la nausée en continu. J’aurais aimé ne pas défaire les valises, repartir aussitôt, n’importe où  mais définitivement loin du brexit et de ses effluves fascisantes. Et même si demain Zaza et ses clowns irresponsables effacent tout, ahaha c’était une blague on oublie le brexit, ce serait trop tard. Ça ne changerait plus cette impression d’avoir été trahie par un pays que j’aimais tant, ce dégoût aussi, voir ce mépris qu’il m’inspire. Ça ne s’arrange pas en brexit Britain. 


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La semaine dernière, un sondage a fait la une de tous les médias, certains se réjouissant ouvertement . 29% des remainers (les pro europe, même pas les brexiters) sont pour la déportation totale des migrants européens. Tous. Y compris les conjoints de britanniques et leurs enfants nés ici? Je ne fais pas de point Godwin (ça peut venir), je reprends mot pour mot les titres de la presse britannique. On met la barre où? On déporte aussi les petits-enfants d’européens, ceux qui ont un seul aïeul européen? Ceux qui ont été naturalisés? (J’avais prévenu pour Godwin…si vous ne voyez pas ce que je veux dire, ouvrez un livre d’histoire, aux pages parlant de la fin des années trente en Europe, par là…). Ça fait chaud au cœur de revenir dans un pays où la presse titre que 29% des plus tolérants veulent nous foutre dehors, tous jusqu’au dernier. Nous déporter. Et ça ne fait réagir strictement personne. Enfin si, nous les européens, les futurs déportés. Uniquement nous. Devant nos protestations indignées, les médias se sont replongés sur la question et cette fois ça n’a pas manqué de provoquer quelques pâles remous. Comment, la presse parle de déportation massive et totale d’une catégorie de la population basée sur son origine ethnique et on ne dit rien? Ahaha, c’est un scandale. Un scandale statistique. Voilà, c’est tout. On parle de déportation, de nettoyage ethnique (Ben oui désolée, mais il faut arrêter d’employer de pudiques euphémismes, c’est bien comme ça que ça s’appelle que ça se passe dans une démocratie occidentale comme à l’autre bout du monde) et ça ne soulève qu’une querelle de statisticiens. La méthodologie de l’étude est mauvaise. Ah bon, et son vocabulaire? En plus les médias ont écrit n’importe quoi parce qu’ils n’ont pas du tout compris les chiffres. Ah oui, et les mots? Ils les ont compris, les mots? 

C’est sûr que quand on parle de déportation, la seule chose importante, c’est l’interprétation des chiffres. WTF?!? Qu’est-ce qui ne va plus dans ce pays pour qu’on parle ouvertement de déportation sans que ça ne soulève d’autres problèmes que statistiques? Je me contrefous de la méthodologie et de l’interprétation des chiffres! Comment peut-on en arriver à banaliser la déportation à ce point là, entre les résultats du foot et la dernière sortie des royales? Ça n’a fait bondir personne. D’ailleurs, une parenthèse pour certains (pas des lecteurs assidus, mais des gens qui passent parfois par ici) qui me trouvent hystérique. Lire ces mots, voir évoquer tranquillement, naturellement une déportation totale basée sur des considérations ethniques, ça me glace, quelque soit le lieu ou le moment. Si ça ne vous provoque aucun effroi, on a un problème. Quand en plus, ça concerne mes enfants, effectivement je deviens folle. Si vous n’êtes pas capables de comprendre ça, on n’a vraiment rien à se dire. Je ne dis pas que ces mots seront suivis des faits mais qu’ils soient posés, étalés dans tous les médias, qu’ils soient normalisés et acceptés par la population me rend malade. 

Depuis plus de 18 mois les médias et le gouvernement s’appliquent à nous déshumaniser. Vous avez toujours votre bouquin d’histoire sous la main? Parce que là aussi, il y a de fâcheux précédents historiques. On n’est plus la voisine, le collègue, la docteur, le camarade d’école…on est au mieux une monnaie d’échange dans les négociations avec Bruxelles (« bargaining chips », pour citer le gouvernement) au pire un problème à résoudre définitivement. On ne parle pas de la logorrhée verbale d’un quelconque groupuscule fasciste, mais du langage courant, de la rhétorique quotidienne du gouvernement et des médias. Visiblement, c’est plus facile de s’indigner des délires d’une poignée de néo nazis ailleurs que de réagir devant la normalisation du fascisme d’état dans son propre pays. Que de réagir quand son pays refuse de renouveler le passeport d’enfants nés ici d’européens et donc de facto leur retirent la nationalité britannique qu’il leur avait accordé. Ça aussi, ça a un nom, ça s’appelle de la déchéance de la nationalité en fonction de l’origine ethnique. C’est quoi ce pays qui accepte cette ignominie sans broncher? C’est quoi ce pays où n’importe quel abruti, quel que soit son âge, essaie de vous persuader qu’il a défait tout seul et à mains nues les armées d’Hitler grâce à ses super-pouvoirs innés de britannique mais où il ne trouve rien à redire sur ce qui se passe sous son nez? Au contraire, il applaudit au nom d’une chimérique et puante grandeur nationale et nationaliste. C’est quoi ce pays où une certaine presse demande une « solution finale » aux immigrés musulmans dans ces termes exactement? C’est quoi ce pays où si on n’est pas très aisé, on ne peut pas vivre avec son conjoint étranger (non européen pour l’instant)? C’est quoi ce pays où il est banal d’évoquer comme un fait normal et accepté la déportation totale selon l’origine ethnique?  

C’est le pays dans lequel je vis, c’est le pays dans lequel mes enfants grandissent. C’est le pays où j’ai peur. C’est aussi un pays que je finis par mépriser profondément pour sa haine, son absence totale d’esprit critique, son sentiment de supériorité aux relents colonialistes, sa bêtise crasse, sa xénophobie ordinaire. Pour sa lâcheté. Welcome to brexit Britain.