Dix jours en Egypte: Assouan (1/3)

Publié le 18 mai 2017 par Aurélien

Voyager en Egypte a l'air dangereux de loin; on pense plus aux attentats qu'aux pyramides, aux crashs aériens qu'aux momies, au printemps arabe qu'aux temples de Louxor. Les millénaires d'histoire de l'Egypte antique se laissent recouvrir par l'écran des troubles actuels.

Et pourtant, la terreur qui frappe aussi chez nous fait relativiser le danger; j'ai voyagé dix jours en Egypte en janvier 2016, un an après Charlie Hebdo et deux mois après le 13 novembre. J'ai longtemps hésité à partir: j'ai interrogé des amis de retour du Caire, je me suis informé sur quelques blogs...

Enfin le désir de voir les temples, le Nil, les tombes, Abu Simbel sans être submergé par une mer de touristes l'a emporté et j'ai réservé un aller-retour pour l'Egypte, avec la ferme intention d'en revenir vivant plutôt qu'enroulé dans des bandelettes.

De ces deux semaines, passées essentiellement de temple en temple avec d'occasionnelles églises coptes et tombes, je reste encore sous le choc. Ce fut un coup de massue culturel, un éblouissement, un voyage dans le temps.

A ceux qui - comme moi - s'attendent à voir des ruines pareilles à Mycènes ou au forum romain: les vestiges de l'Egypte pharaonique sont sans commune mesure: l'enfouissement sous le sable du désert a protégé des temples entiers pendant deux mille, trois mille, quatre mille, cinq mille ans. Frontons de vingt mètres de haut, salles hypostyles aux colonnes couvertes de fresques, cryptes, terrasses, sculptures et peintures de dieux-animaux, on est totalement immergé, transporté plusieurs millénaires dans le passé.

Dans certains recoins des temples, couverts de hiéroglyphes, étroits, mal éclairés, on s'attend à voir surgir un prêtre allant au sacrifice.

Dans les tombes - un trou dans le sable sur une colline - les couleurs sont parfois d'origine et on croirait que les corps viennent d'y être déposés.

Ces ruines sont souvent dans le désert, ou sur les bords du Nil mais loin des grandes villes: c'est ce qui les a préservées, avant qu'elles ne soient ensevelies. Des anciennes capitales sises dans le delta du Nil, il reste peu de choses, hormis les indéboulonnables pyramides.

Ainsi, chaque site se mérite un peu: il faut traverser la poussière et le vacarme du chaos urbain et se défendre contre le harcèlement permanent des guides et des vendeurs - la baisse de la fréquentation touristique, dramatique pour leur activité, les rend agressifs. A l'extérieur des temples, il faut souvent se faire violence pour oublier l'urbanisme hostile; mais une fois franchis les murs d'enceinte, on est aspiré dans l'âge d'or égyptien.

A déambuler dans ces vestiges du premier empire organisé, j'ai été sidéré pas le nombre, la grandeur, la richesse et la finesse de ce qui nous en est parvenu; cette sidération persiste encore.

Voici donc l'itinéraire de dix jours que j'ai suivi en Egypte:

Jour 1: balade sur la rive Ouest désertique (ruines de monastère copte), visite de l'île Eléphantine et du musée Numide

La rive Est de la ville d'Assouan est moderne, poussiéreuse et hostile et ne m'a pas donné pas envie de m'y attarder; la rive Ouest est désertique, c'est le " seul endroit d'Egypte " où on peut se balader tranquillement, en marchant parmi les dunes de sables; une navette bon marché permet de passer d'une rive à l'autre et d'aller sur les îles au milieu.

Sur cette désertique rive Ouest, en partant de l'embarcadère du ferry au Nord d'Assouan, il y a quelques petites tombes à visiter (rien de fou mais très jolie vue); puis en une petite heure de marche en suivant les bords du Nil vers le Sud (dans le désert mais objectivement aucun risque) on atteint les ruines d'un monastère copte, qui ressemble plutôt à une forteresse. Ca fait très " Désert des Tartares ": un fort en ruine dans un désert à perte de vue.

J'ai continué en suivant la rive vers le Sud: magnifique contraste entre la végétation luxuriante au bord du Nil et l'aridité absolue du désert. J'ai ensuite fait demi-tour (j'ai l'impression qu'il n'y a qu'un seul point de traversée du Nil) jusqu'à l'embarcadère du ferry.

L'après-midi, j'ai été sur l'île Eléphantine, où il y a un petit village plutôt sympathique et quelques ruines sans prétention (ruines d'Abu) mais joliment situées au bord de l'eau. En soirée j'ai visité le beau musée Numide, aux horaires d'ouverture étendus.

Jour 2: convoi pour Abu Simbel aux aurores, visite de l'île de Philae et farniente à l'hôtel Old Cataract

Le site d'Abu Simbel, en lui-même est fascinant: isolé des grandes villes, dans une région déserte et peu sure, en surplomb du Nil (il a été remonté pierre par pierre pour ne pas être inondé par le barrage d'Assouan).

L'option principale pour y aller est de prendre un convoi qui part d'Assouan à 4h du matin (!!). On se retrouve donc avec une centaine de touristes sur un site assez petit (aucune explication muséographique par ailleurs). On passe une heure ou deux sur le site (c'est suffisant) puis on rentre (arrivée à Assouan vers 13h). Il est aussi possible d'y aller en avion pour échapper aux touristes (ou bien de rester après le départ du convoi), mais le village voisin a l'air totalement mort. A faire donc pour les courageux, sachant qu'il y a d'autres sites aussi beaux ailleurs.

Le temple de Philae a été lui aussi déplacé, sur une île du lac d'Assouan. Je me suis fait déposer par le car (de retour d'Abu Simbel) juste après le barrage d'Assouan (aucun intérêt, en passant) et j'ai marché vingt minutes pour rejoindre l'embarcadère.

Là c'est l'arnaque totale: en plus du billet, il faut s'acquitter d'un prix éhonté pour les 10 minutes de bateau nécessaires pour y accéder. Ils n'acceptent évidemment pas que les touristes partagent un bateau... J'ai quand même partagé avec un couple de Chinois, et tout cela m'a bien énervé! Le site est remarquable et plein de charme, mais c'est des temples les plus touristiques que j'aie vus, et ni l'un des plus anciens ni l'un des plus beaux.

L'après-midi, toujours énervé, j'ai pris un plat de pâtes à l'hôtel Old Cataract. Ca m'a bien remis d'aplomb: les tarifs sont assez doux malgré le luxe, et je recommande donc chaudement (pour y manger ou y dormir).

La vue est magnifique sur le Nil, les felouques, le désert, et des ruines antiques. De mon point de vue, le seul endroit agréable d'Assouan. J'y ai passé tout l'après-midi...

Jour 3: trajet d'Assouan à Louxor (temples de Kom Ombo et d'Edfu)

Le trajet peut se faire en felouque (en 2-3 jours), avec des arrêts dans les deux temples, et il paraît que c'est agréable; voyageant seul, je l'ai fait en transports en commun. C'est assez pénible (il faut prendre une longue série de taxis...), mais les deux temples de Kom Ombo et d'Edfu valent largement le trajet (ce serait très dommage de ne pas les visiter).

Kom Ombo est au bord du Nil, en surplomb du fleuve: bien conservé, sur un site magnifique. C'était le premier "vrai" temple que je voyais. J'y ai passé ma matinée: les groupes organisés descendaient de leur bateau, faisaient leur petit tour d'une demi-heure et s'en retournaient. J'ai glané quelques petites explications de guides, et profité de la tranquillité du temple entre deux groupes. Le temple a quelques traits remarquables: il est consacré à deux divinités (et a donc deux allées centrales parallèles), il a un calendrier de festivités et des gravures d'instruments chirurgicaux. Mais surtout le cadre, surplombant le Nil, est enchanteur.

Edfu est au milieu d'une jungle urbaine ignoble; mais il est quasiment intact (modulo peut-être un bon coup de restauration...). Avec Dendara (au Nord de Louxor), c'est le temple le mieux conservé d'Egypte. Ce n'est pas le temple le plus remarquable pour ses fresques, mais on s'y croirait vraiment! Les dimensions sont colossales, il y a plein de couloirs obscurs, de petits escaliers et de chambres " secrètes ", l'atmosphère est au top. Pour un peu, on ne s'étonnerait pas de voir surgir un prêtre égyptien!