Retour sur le blocage du port de Venise

Publié le 15 juin 2013 par Oliaiklod @Olia_i_Klod

Les quotidiens de Venise ou de Padoue ont fait leurs gros titres sur les vives tensions entre les manifestants et la police, dimanche matin à l’entrée du port.Ils reconnaissent toutefois que la manifestation est un incontestable succès citoyen.

Voir aussi, en italien, l’article du journaliste britannique Lee Marshall : La morte di Venezia

"Venise vendue par les politiciens locaux." tel est le constat de l’anglais, qui annonce la mort programmée de Venise, à cause de la myopie d’une classe dirigeante d’élus au niveau local, régional et national, prends de mauvaises décisions, et qui, depuis des décennies, brade l’une des plus belles villes du monde, sans un projet sérieux pour une alternative qui préserve la ville, l’éco-système lagunaire et ses habitants.

Cet article a l’attention de la presse internationale sur la question des grands navire, et, désormais, le monde entier à les yeux rivés sur la lagune de Venise.

Voir aussi l’article de notre copain Claudio, qui, bien entendu était de la fête sur l’eau :

Avant la manifestation de dimanche dernier, le photographe Gianni Berengo Gardin a dénoncé les "monstres marins" de Venise avec un reportage photographique publié dans la Republica.

L’image négative de Venise qui fait le tour du monde :

Il est vrai que aux yeux du monde entier, la charge violente de la police qui, a coup de matraques, a foncé sur les manifestants pour les empêcher d’aller plus avant vers le port de Venise restera la démonstration que, même dans nos démocraties, le droit élémentaire est mis en brèche pour les défense des intérêts privés de personnes qui sont des criminels : criminels envers l’environnement qu’ils pillent et polluent, criminels envers les économies de nos pays, puisque ces sociétés, appartenant à des émigrés fiscaux, ne payent aucun impôts.

Sur le port de Venise, la police de l’État italien défendait donc le crime contre ses propres citoyens, contribuables ordinaires.

Nous qui avons vécu ces journées de mobilisation, ce que nous avons tenté de partager avec vous, en direct (depuis un fourgon sur le port, depuis un appartement sur la Guidecca comme refuge à cause de la pluie – merci aux amis d’AmbienteVenezia), nous avons retenu des choses qui nous semble ahurissantes, effroyables, même pour l’avenir de la lagune et le futur de Venise et de ses habitants.

Voir nos articles sur ce sujet:

(annonce des journées de mobilisation internationales, dès le 28 mai)

(7 juin)

(2ème partie, le 8 juin depuis Sacca fisola)

(3ème partie, Direct Live, le 9 juin, matin)

(Direct Live, le 9 juin après-midi)

De ces manifestations retrouvez plein de photos ici

Comme bilan de la journée d’action, on dira que les passagers de deux navires en partance ont connu une journée de galère dont ils se souviendront certainement. Les plus de 8.000 passagers des MSC Fantasia et Costa Fascinosa vont garder en mémoire leur départ mouvementé et conserver une image du port de Venise dont, nous l’espérons, ils vont vanter la qualité sur les forums dédiés aux croisières.

Obligés de se rendre à pieds au port, ils se sont retrouvés bloqués en plein soleil, avec un stress grandissant à mesure qu’ils entendaient les hauts parleurs annoncer les derniers embarquements. Nous imaginons qu’une fois le blocus levé, quand il se sont rués vers leurs "vacances", l’embarquement a dû être "sportif".

Le MSC Fantasia, propriété de Gianluigi Aponte qui a créé la Mediterranean Shipping Company, émigré fiscal à Genève, et le Costa Fascinosa, propriété de Micky Arison, dont nous vous parlerons bientôt, qui devaient appareiller à 17 heures, sont partis respectivement à 20.30 heures et à 20.45 heures, sous bonne escorte policière (encore aux frais des contribuables italiens en période de crise) et survolés par un hélicoptère.

Dans un communiqué "officiel" des autorités portuaires et des compagnies "C’est à cause de rafales de vent à 25 nœuds que le départ à l’heure prévue des paquebots n’a pas pu se faire". (… cela évite ainsi aux compagnies de dédommager les touristes, car contrairement aux retards dus à une grève, ceux liés aux incidents climatiques ne sont pas couverts…)

La manifestation sur l’eau en compagnie de Cesare Colonese :

Le débat reste vif entre les défenseurs du patrimoine de la ville de Venise, effrayés par l’impact de ces paquebots, et les avocats des géants des mers, qui prétendent que l’activité du port représentent un poids non négligeable dans l’économie d’une ville vivant essentiellement du tourisme…

Un débat local qui ne laisse pas indifférent à l’étranger : en octobre, des personnalités internationales du monde de la culture, parmi lesquelles l’écrivain turc Orhan Pamuk et l’artiste américain Bill Viola, ont adressé une pétition au gouvernement italien demandant la restriction de l’accès des navires de croisière à la lagune de Venise. "Nous voulons dénoncer la présence croissante, envahissante et incontrôlée d’énormes navires de croisière dans la lagune, jusque dans les environs immédiats de la basilique Saint-Marc", dénonçait leur lettre. "Leur présence fait craindre de graves dommages à l’environnement et met en péril la conservation du patrimoine artistique de la ville", ajoutaient-ils.

Il convient donc de résumer un peu la situation dans la lagune de Venise.

Le trafic maritime dans le port de Venise est dominé à plus de 85 % par deux compagnies :

Carnival Corporation & plc présidée par Micky Arison (né le 29 Juin 1949) au travers des multiples compagnies de la société déclarée au Panama (paradis fiscal) :

  • Carnival Cruise Lines
  • Holland America Line
  • Princess Cruises
  • Seabourn Cruise Line
  • P & O Cruises
  • P & O Cruises Australia
  • Cunard Line
  • Ocean Village
  • Aida Cruises
  • Costa Cruises (Costa Croisières)
  • Iberoscruises

La Mediterranean Shipping Company S.A. (MSC) qui appartient à Gianluigi Aponte.

Depuis de longs mois, ces deux milliardaires brandissent la menace possible du chômage pour Venise, en menançant de partir pour la Grèce, la Tunisie ou la Turquie, régions connues pour être actuellement si paisibles et propices au commerce !)

Ces compagnies ont trouvé asile dans des paradis fiscaux, ne paient aucun impôt, et ne profitent donc en aucune manière à l’économie de nos pays. De plus, elles se caractérisent par une politique sociale très dure envers leurs collaborateurs, et une politique commerciale extrêmement agressive, appuyée par des campagnes publicitaires populistes. En cas de catastrophe, ces compagnies traitent leurs victimes de façon inhumaine, comme nous avons eu, hélas, l’occasion de le voir.

Ces compagnies utilisent l’image de Venise dans le monde, pour vendre leurs produits, mais en réalité, les touristes qui achètent ces croisières ne voient quasiment rien de la cité lagunaire.

Le port de croisière de Venise à été construit sur l’île artificielle de Tronchetto, créée dans les années 1960, il a volontairement été placé au bout de Venise, côté continent, à proximité de la gare ferroviaire Santa Lucia, de l’aéroport Marco Polo et du pont de la Liberté.
Mais à l’époque, les plus gros navires de croisière n’avaient rien d’équivalent avec les monstres d’aujourd’hui.

Le gigantisme de ces navires, plus grands que les monument d’une ville qu’ils sont obligés de traverser de bout en bout, est devenu incompatible avec le fragilité et le caractère unique de la Sérénissime.

Selon des chiffres communiqués par l’European Cruise Council (ECC), le secteur des croisières a contribué en 2011 à hauteur de 536 millions d’€uros à l’économie de la Sérénissime, où il emploie 5.470 personnes. Toujours selon l’ECC, les croisières représentent à elles seules 20 % de l’affluence touristique locale, alors que Venise, dont la population s’est réduite au fin des ans à 58.000 habitants, accueille plus de 20 millions de touristes par an.

Et quand le port est plein à raz bord, on fait accoster les navires de croisière au cœur de Venise, privant les vénitiens de cet espace de repos au bord de la lagune.

Ces chiffres sont faux, du moins pour ce qui est du prétendu bénéfice de la  Sérénissime.

Les croisières sont vendues "tout compris". Des avions charters atterrissent à Trevise, d’où des autocars mènent les passagers directement au port. Le pont de la liberté est la seule vue de Venise qu’ils ont pour le moment. Le nombre de touristes qui arrivent en train, ou par avion à Marco Polo est infime, quand à ceux qui restent "une nuit supplémentaire à Venise" (en supplément), cela ne représente pas 2 % de la clientèle (ce qui fait tout de même un chiffre important sur l’année, chaque monstre emportant autour de 4.000 passagers).

Les passagers embarquent de suite à leur arrivée. Ceux qui ont payé le moins cher embarquent toujours en premier et débarquent les derniers (ce qui réduit d’autant leur temps pour profiter de escales). Lorsque le bateau part, si vous avez une cabine du bon côté, vous survolerez Venise et ses trésors… de l’autre côté, vous verrez la Giudecca et la lagune…

De leur court passage à Venise, les touristes ne ramèneront même pas le plus petit souvenir, même pas une carte postale : tout est vendu à bord par ces compagnies, qui rattrapent, sur la marge faite sur les produits dérivés et prestations facultatives, le montant anormalement bas proposé pour ces croisières (il est vrai qu’en ne payant aucun impôt ni taxe, et en employant des salariés payés au tarif chinois ou pakistanais, le cout du produit ne va pas chercher très loin, et les marges restent élevées). Les animateurs à bord déconseillent même aux touristes d’acheter à terre "s’ils ne veulent pas prendre le risque de se faire arnaquer".

Le port de Venise appartient à l’État italien et sa gestion à été privatisée. Toutes les taxes perçues vont directement dans les caisses de l’État, la ville de Venise ne perçoit aucun revenus de la présence de ces touristes. Les retombées économiques et en terme de travail sont extrêmement faible, ceci d’autant plus que les travailleurs vénitiens au port sont très rares, la main d’œuvre étant essentiellement étrangère (et même non européenne).

Venise n’a donc, économiquement rien à gagner de ce tourisme de masse dont elle subit pourtant la pollution et tous les inconvénients.

Vue du port depuis San Giovani e Paolo

La coque de ces monstres dépasse 8 mètres de profondeur, dans des canaux qui sont profonds de 10 à 12 mètres au plus profond. A chaque passage ils frôlent le fond et entrainent dans leur sillage des sédiments. La plus grande partie s’en va dans l’Adriatique, et c’est ainsi que la lagune s’appauvrit un peu plus chaque année, suite à la disparition de millions de tonnes de sédiments. Le reste va se déposer et étouffer les prairies d’algues ce qui entraîne l’asphyxie de toute la vie dans la lagune.

De plus, quelque soit leur vitesse, la masse importante de ces navires, crée des mouvements d’eau très importants, et des courants très rapides dans les canaux et rii de la ville. Ces mouvements non naturels sont facteur d’une importante érosion qui endommage fortement les fondations de tous les bâtiments, publics ou privés.

Enfin, la masse de ces immeubles flottant est telle, qu’elle crée une importante pression sur les fonds marins et sur les berges, ce qui provoque le soulèvement des quais.

Pendant tout le temps de leur présence au port, les moteurs de navires tournent, et de large panaches de fumées noires et malodorantes s’échappent. La pollution d’un navire correspond à celle de 8.000 à 15.5000 voitures. A chaque passage se sont des quantités très importantes de CO² et de résidus hautement toxiques qui sont répandus sur la ville et ses habitats, l’accroissement de maladies pulmonaires et de cancers est un indicateur de cette pollution que les vénitiens payent au prix fort : celui de leur vie.

L’Agence de l’Environnement a admis sans difficulté que le trafic portuaire est responsable de la propagation de 10% des micro particules sur l’ensemble de la province. Dix fois plus que l’aéroport Marco Polo.

A côté de cela, on peut considérer comme dérisoire la pollution visuelle que constitue l’apparition de ces monstres plus grands que les monuments de la Sérénissime citée, patrimoine mondial de l’UNESCO.

Permettre encore quelques mois seulement la présence de ces monstres des mers dans la lagune signera l’arrêt de mort définitif et à très court terme du joyau qu’est Venise. Il faut désormais choisir entre la rapacité de quatre milliardaires qui ne respectent même pas les lois et la fiscalité de leur pays, ou entre le devenir d’un trésor unique, vivant et fragile que le monde entier admire, respecte et envie.

Il reste l’hypothétique, mais probable danger d’un accident. Les catastrophes du Costa Concordia, où celle survenue récemment dans le port de Gênes le prouvent, la navigation dans la lagune de Venise n’est pas sans dangers.

Si, en quittant le canal de la Giudecca, suite à une fausse manœuvre ou une avarie, un navire, comme le Costa Fascinosa (114 500 UMS*) ou le MSC Preziosa (138 000 UMS*) , s’encastrait dans le quai du mole de San Marco, une fois le monstre arrêté, sa proue atteindrait le campo Santa Maria Formosa, ayant tout détruit sur son passage (au prix de combien de vies ?).

* Le tonnage est la mesure du volume d’un bateau (une image de la capacité de transport d’un navire de commerce). Il représente le volume intérieur, exprimé en tonneaux (le tonneau est équivalent à 2,83 m³) pour les petits bateaux et, en unités UMS (Universal Measurement System) pour les navires de longueur supérieure à 24 mètres effectuant des voyages internationaux.

Suite au succès de ces journées de mobilisation, Silvio Testa porte parole du Comité No Grandi Navi a expliqué son désir de participer également à la réunion du 13 juin à Rome, où le Ministre des Infrastrutture e dei Trasporti, Maurizio Luppi, a invité le maire de Venise, Giorgio Orsoni, le gouverneur de la région Veneto, Luca Zaia, le ministre de l’Environnement, Andrea Orlando, le président de l’Autorité portuaire, Paolo Costa, le commandant de la Capitainerie du port, l’amiral Felicio Angrisano, le président de Confitarma, Paolo d’Amico, le président de Clia Europe (représentant les armateurs étrangers), Manfredi Lefebvre d’Ovidio.

Donc, une majorité de  personnes favorables au trafic des grands navires de croisière dans le port de Venise, car cela va dans le sens de leurs intérêts.

Le ministre a répondu défavorablement à la requête des membres du comité No Maxi Navi, ce qui est une grande erreur pour Felice Casson (Felice Casson, né le 5 août 1953, à Chioggia, est un juge italien, magistrat à la Cour de Cassation, élu sénateur sur la liste des Démocrates de gauche – le PD – lors des élections législatives de 2006. Il est également membre du Conseil Municipal de Venise).

Pour le Manifesto, Jeudi n’est qu’un somment entre les loups.

No Grandi Navi est à l’ordre du jour non seulement dans le canal, mais aussi l’agenda du gouvernement local et national. Après le "blocus" des paquebots, la charge de la police contre les manifestants et trois jours de concerts et de débats publics sur l’île des de la Giudecca, L’Italie (et le monde entier) attend le face à face entre la municipalité et le gouvernement. Sur la table, le passé, le présent et l’avenir de ces gros vaisseaux qui, chaque jour viennent faire l’inchino en face de San Marco.

Toutefois, il ne fait pas oublier qu’après la catastrophe du Costa Concordia, le décret Clini Passera, ministre de l’Environnement de l’époque, interdisant l’approche des côtes par les navires avec une jauge brute de plus de 40.000 tonnes, à été appliqué à toute l’Italie… sauf à la lagune de Venise, dont Paolo Costa, président de l’Autorité portuaire et membre du Conseil d’administration de la compagnie Costa Croisières, a demandé et obtenu l’exemption "le temps de trouver des solutions alternatives".

Pour le président de l’Autorité portuaire, Paolo Costa, il n’existe qu’une seule solution : creuser encore plus le canal du Pétrole pour faire traverser toute la lagune aux navires de Croisière.

Sandro Trevisanato, président de VTP, se félicite du "peu de succès de la manifestation, qui montre que les vénitiens sont favorables au tourisme des croisières". On croit rêver !

"Il est évident que les ressources apportées par les navires de croisière, dans une période difficile sur le marché du travail, sont de plus en plus essentielles", souligne Roberto Perocchio, directeur général du Terminal Passagers Croisière de Venise. "C’est très important pour maintenir vivant le tissu économique et social de la ville". Or, nous l’avons démontré, cet argument ne tiens pas. L’activité de croisière à Venise profite à des sociétés championnes de l’optimisation fiscale qui ne paient aucun impôt, à l’État Italien, le seul à percevoir des taxes, et, probablement au crime organisé, qui comme chacun le sait n’existe plus en Italie.

Michele Scibelli, secrétaire de l’UDC reprends le vieux serpent de mer du travail, déjà usé car plus personne n’y croit "Avant de prendre en considération toute alternative, il faut penser aux titulaires et travailleurs du port" (A ce propos, le nombre et la nature de ces travailleurs fluctue à chaque déclaration, mais de ce que nous avons vu, la majorité ne sont pas des ressortissants européens).

Massimo Bernardo, président du Comité Venise Croisières, qui soutient les croisières dans la Sérénissime assure d’un ton péremptoire qu’il ne peut pas y avoir un autre Costa Concordia dans la lagune de Venise. "Une ordonnance de la capitainerie de Venise impose la présence de deux pilotes à bord et de deux remorqueurs en plus du commandant. Pour qu’il y ait un accident, il faudrait donc que tous deviennent fous à l’improviste", plaisante-t-il. Les faits sont pourtant là pour le contredire, mais il a oublié l’accident du 31 mai 1980 quand le porte container Afros est venu s’encastrer dans le quai des Giardini. Plus récemment, c’est exactement dans ces mêmes conditions que l’accident de Gênes à eu lieu. Que monsieur Bernardo cesse de raconter que cela ne peut pas arriver, puisque c’est déjà arrivé !

Et des accidents il y a en eu bien d’autre, que ces beaux messieurs, titulaires de comptes non déclarés à l’étranger (bon nombre des personnes qui se sont exprimés ouvertement dans les médias en faveur de la présence des grands navires de croisière dans Venise, figurent, comme par hasard, dans la liste, dévoilée par Hervé Falciani, des 6 963 personnes répertoriées en Italie, comme clients de la banque HSBC, titulaires de comptes hoff shores et soupçonnés d’évasion fiscale et de blanchiment), mais, ils ont visiblement déjà tout oublié :

Un argumentaire éculé, sans aucune preuve, et que chacun peut démonter facilement et qui ne convainc pas Cristiano Gasparetto, un architecte d’ascendance vénitienne et membre actif de l’association de défense du patrimoine Italia Nostra. Amoureux de sa ville, il pourfend sans relâche ces "monstres" qui défigurent le paysage. "Un navire de cette taille déplace des quantités d’eau énormes sous la surface de l’eau, même s’il avance lentement. Cela contraint à faire et à refaire en permanence les rives des quais", s’emporte-t-il, soulignant ainsi le coût de ces dégradations pour les finances locales. Outre "la destruction des rives et des fondations des édifices", M. Gasparetto dénonce aussi "la pollution atmosphérique, car un navire restant immobile une journée à quai équivaut à la pollution de 15.500 automobiles", sans oublier "les ondes électromagnétiques de ses radars". "Les navires de croisières sont inesthétiques, polluent et détruisent l’écosystème de la lagune", résume-t-il. "Selon les spécialistes, d’ici cinq à six ans la lagune deviendra un bras de mer, un écosystème qui sera complètement modifié et incapable de s’autonettoyer comme c’est le cas actuellement", déplore l’architecte.

Dans le The Huffington Post qui titre Grandi navi in Laguna, il sottosegretario Ilaria Borletti Buitoni: "Una follia quei mostri nel canale, ma servono dati ufficiali"

Ilaria Borletti Buitoni, ancienne présidente national de la FAI et maintenant sous-secrétaire au ministère du Patrimoine et de la Culture du gouvernement Letta: "Demandons-le immédiatement: je suis fermement contre les gros navires. Le problème est que les données collectées par les associations n’ont jamais été partagées et que nous n’avons que le point de vue de l’institution locale ".

De quelle manière?

"En ce sens que les données recueillies par les associations et les particuliers, sont telles que, si elle étaient acceptées par les institutions, elles pourrait mener à la détention immédiate des grands navires, car ils décrivent une situation dramatique, une forte pollution et les dommages aux fondations inacceptables.
Les données qui sont présentées officiellement, cependant, et qui ont été adoptés par les institutions, disent qu’il n’y a pas de préjudice direct. Après les événements de Gênes, il est devenu nécessaire de poursuivre la réflexion sur l’exactitude des données présentées jusqu’ici à Venise.

D’un côté, il y a ceux qui disent que c’est une question qui ne concerne que Venise, et en tant que telle doit être laissée entre les mains des Vénitiens et ceux qui croient que c’est devenu un enjeu d’intérêt international. Il est correct qu’une décision soit prise à Rome, mais il est également vrai que la question est d’intérêt international. La décision qui sera prise, doit donc s’imposer à tous les niveaux, local, national et international, comme le plus irréprochable et inattaquable.

Nous avons les yeux du monde entier fixés sur nous."

Sur le même thème de la mort prochaine de Venise à cause de l’incurie de quelques oligarques, on lira, en anglais The Coming Death of Venice? par Anna Somers Cocks

Selon le comité No Grandi Navi, "il y a différentes propositions sur la table, et pas seulement les deux comme veulent le faire croire les industriels du tourisme maritime" (le prolongement du Canale dei Petroli jusqu’au au cœur de la ville avec le creusement du Canale Contorta Sant’Angelo).

Et, lors de cette rencontre, à Rome, le maire de Venise n’a eu aucun mandat populaire des vénitiens qui ne le soutiennent pas dans ses options.

La seule vraie solution est de délocaliser les arrivées et départs de ces monstres de jauge brute de 130 mille tonnes.

Selon Sivio Testa, "La vraie solution est de changer de modèle, de passer du gigantisme qui ne profite qu’aux intérêts de grosses sociétés de croisière et de développer un tourisme à taille humaine, avec de petits bateaux, avec quelques passagers. En jouant sur le privilège de pouvoir accoster au cœur de Venise, proposer aux propriétaires de yacht un des plus beaux mouillages de toute la Méditerranée. Une marina avec des infrastructures de qualité, directement accessible par les transports publics et privés, à quelques minutes de l’aéroport. Si nous créons une synergie avec les bassins de l’Arsenal où ces bateaux de luxe pourraient être stockés et entretenus, les incitant à choisir Venise comme port d’attache de clients haut de gamme".

L’Unesco a demandé au gouvernement italien de limiter l’entrée des gros bateaux de croisière à l’intérieur de Venise depuis plus d’un an déjà.

"Les risques que présentent les grands navires de croisière pour les sites du patrimoine mondial tels que la lagune de Venise et le bassin de Saint Marc, dont le patrimoine naturel et artistique est particulièrement sensible", avait indiqué Francesco Bandarin, directeur de la Culture à l’Unesco, dans une lettre adressée au ministre italien de l’Environnement de l’époque, Corrado Clini.

Chaque année, Venise accueille environ 300 paquebots touristiques transportant plusieurs milliers de passagers. Le Comité du patrimoine mondial avait déjà exprimé son inquiétude devant le passage des navires le long de la cité. Selon l’Unesco, les remous créés par les paquebots provoquent l’érosion des fondations et des bâtiments de la ville, tandis que les dimensions gigantesques des navires défigurent le paysage urbain.

A cet effet, le responsable de l’Unesco invite le gouvernement italien à mettre en place de nouveaux itinéraires de transport maritime autour de Venise.

Le point de vue de Tiziano Riverso :

A l’issue de la réunion de jeudi matin, le ministre des Infrastructures et des Transports, Maurizio Lupi, qui l’a qualifié de "sommet très positif", avec le ministre de l’Environnement, Andrea Orlando, le gouverneur de la Vénétie, Luca Zaia, et le maire de Venise, Giorgio Orsoni, organisé à Rome pour discuter du passage des grands navires dans la lagune de Venise, il a été déclaré : "Nous avons identifié un chemin avec des échéances, dont le 25 Juillet prochain, date à laquelle l’autorité maritime, l’autorité portuaire et la ville de Venise devront nous apporter des solutions matures avec un calendrier et les coûts de mise en œuvre".

La ministre de l’Environnement, Andrea Orlando a fait ce commentaire : "Nous avons obtenu le résultat que nous recherchions : une date limite pour la soumission des projets, que nous adoptions une position du point de vue de la faisabilité technique, environnementale et économique, et la demande pour un ensemble de règles régissant dans le temps le transit dans la lagune".

Le ministre Maurizio Lupi a donc conclu, "Nous avons besoin que le gouvernement transmette trois messages : vous devez appliquer la loi, et ce n’est pas par le canal de la Giudecca et le bassin de Saint-Marc que les navires de plus de 40 mille tonnes doivent passer, il faut travailler pour sécuriser la ville de Venise et son ‘environnement, on ne peut plus retarder le moment de trouver des solutions qui permettent que cette loi soit appliquée".

Nous verrons donc, le 25 juillet, ce qui est prévu pour sauver Venise, ou lui porter le coup fatal…