L’aéroport qui avait failli ne pas être abandonné

L’aéroport qui avait failli ne pas être abandonné

Photo une, 10, 11 et 12 : Florian M.

Le village de Sperenberg avait presque été choisi pour accueillir le futur aéroport international de Berlin-Brandenbourg. Mais sa situation à 45 kilomètres de la capitale allemande l’a empêché d’être élu. Pourtant il y avait déjà un aéroport construit par l’armée soviétique entre 1958 et 1960. Un village qui pouvait accueillir jusqu’à 5000 habitants avait même été érigé à proximité. C’est cet espace abandonné que Florian, l’un des lecteurs du blog, m’a proposé d’explorer.

L’aéroport qui avait failli ne pas être abandonné

Y aller est en soi une vraie aventure. Florian a réservé une voiture de location Drive Now, tellement design et geek qu’il faut presque être ingénieur pour réussir à faire démarrer la Mini. Accompagnés de Camille, la coloc de Florian, nous partons sur les routes du Brandebourg. Au début l’autoroute, puis les nationales, les routes pavées et on finit sur les chemins de terre au milieu de la forêt ! Difficile de trouver notre chemin. Aidés du GPS nous réussissons à atteindre Sperenberg après quelques demi-tours. L’entrée de l’ancien village de l’aéroport est aussi facilement accessible, à seulement quelques mètres du Kindergarten du village actuel. Mais nous voulons nous approcher d’abord de l’aéroport en lui-même qui est bien caché au milieu des arbres et des lacs. Nous demandons à un petit vieux qui passe. Il est très gentil mais ne comprend rien à ce qu’on lui demande et s’évertue à nous indiquer le chemin pour un lieu où l’on ne veux pas aller. Finalement c’est dans l’auberge du village qu’on nous renseigne.

Berlin_aéroport_Sperenberg

Il faut donc conduire sur un chemin qui s’enfonce dans la forêt. Nous arrivons finalement devant un portail et une barrière qu’il est facile de contourner à pied. On abandonne donc la petite mini. Nous avançons sur le chemin sans voir aucun bâtiment jusqu’à ce que la végétation se dégage brusquement. L’une des pistes d’atterrissage s’étend à nos pieds, un peu plus loin un entrepôt et de petits bâtiments sévèrement dégradés. Notre joie d’avoir atteint le but est vite interrompue par le bruit d’un moteur de voiture. Une petite camionnette surgit et vient se placer à coté du hangar. Nous sommes à découvert il suffit au conducteur de tourner la tête pour nous voir… mais celui-ci repart aussi vite qu’il est arrivé sans nous avoir repéré. Étrange, que fait-il là ? Si c’est de la surveillance, il devrait peut être changer de métier.

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Nous entrons dans le grand aérogare vide. Tout le long il y a des petites pièces humides uniquement meublées par les débris de verre, la peinture émaillée et des tuyaux retords. Nous sommes en train de les explorer séparément quand le bruit de la voiture se fait entendre . Chacun se cache dans la pièce où il se trouve. Je décide même de sauter par la fenêtre au cas où l’homme surgisse dans la chambre. Finalement rien ne se passe, il disparait de nouveau.

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Après l’aérogare nous entreprenons l’exploration des bâtiments annexes, vides eux aussi. Difficile de savoir quelle était leur fonction. Ici une porte détachée aux inscriptions en lettres russes et blanches, là une mosaïque rouge et verte, des peintures aux couleurs vives bleues et des pièces si sombres qu’on ose à peine y passer la tête… Nous sortons et traversons une piste pour explorer d’autres bâtiments en face. La quiétude au milieu des arbres éclairés par le soleil automnal est impressionnante. Au loin on entend seulement le bruit d’une tronçonneuse.
On passe par une fenêtre et l’on atterrit dans un long couloir aux tapisseries avachies. On entre dans une pièce avec une petite estrade et des murs ornés de sorte de roses des vents.

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En revenant vers l’aérogare on tombe sur une grande échelle métallique. On la secoue un peu mais elle a l’air de tenir bon. On monte jusqu’à la plateforme d’où on espère avoir une vue panoramique mais c’est peine perdue, la nature et les arbres alentours cachent la vue et dissimulent les bâtiments qui pourraient exister.

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Nous repartons donc vers la voiture, direction le village. Cette fois-ci on connaît le chemin. On saute par-dessus le portail graisseux et l’on s’avance sur le chemin, toujours au milieu de la végétation. Peu à peu les bâtiments se découvrent. Des blocs de grandes maisons par ici, des petits bâtiments par là… on retrouve l’architecture soviétique, triste et dupliquée à l’infini.

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A l’intérieur c’est pareil. Tous les immeubles ont la même structure, 3 ou 4 appartements organisés de la même manière et constitués des mêmes pièces. Les différences se trouvent dans la couleur et les motifs des tapisseries qui se décollent, l’état de dégradation des logements plus ou moins soumis à l’humidité et le « mobilier » (avis aux amateurs d’abats jours vintage, de porte-manteaux colorés, d’autocollants gratuits, de vieilles gazinières et de poster d’Elton Jones jeune).

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En avançant dans les allées de la ville on a du mal à croire qu’il y avait ici une boulangerie, un cinéma, des boutiques, une école maternelle… tant tous les bâtiments sont semblables de l’extérieur.

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On découvre quand même ce qui ressemble à un pensionnat. A l’étage il y a de nombreuses chambres avec des placards vides mais des murs recouverts de posters qui nous laissent imaginer qui était le jeune qui dormait là : un(e) fan de voitures, de sport, de mode, d’aviation (ça tombe bien !), de femmes nues, de cinéma, de bières, de Madonna ou des boysband populaires dans les années 80-90. La visite de ces pièces est particulièrement intéressante car ces restes du passé donnent une âme aux lieux. En bas les pièces sont plus grandes, certaines avec des peintures aux murs qui laissent penser qu’il s’agissait de la maternelle ou de salles de cours. Il y a même la loge de la surveillante à l’entrée.

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Autre bâtiment intéressant et particulier, ce qui semble être la salle des fêtes. Les pièces sont hautes de plafond, du moins pour celles qui en ont encore un. En effet, une grosse partie du bâtiment s’est totalement effondré. Là encore les tapisseries flanchent, les lustres pendent et les grandes fenêtres brisées filtrent les dernières heures de jour. Il est temps de rentrer bien qu’on aurait pu encore passer des heures à explorer ce site immense.

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